Aura-t-on toujours besoin d’ingénieurs demain ?

Aura-t-on toujours besoin d’ingénieurs demain ?

26 février 2020
futur ingénierie technologie
Lire l'article

La question peut sembler provocante. Et pourtant. Face aux progrès fulgurants des technologies numériques, de la robotique et de l’intelligence artificielle, où se placeront les ingénieurs demain ? Comment interagiront-ils avec ? Les « smart » machines viendront-elles se substituer à l’ingéniosité humaine ? Les ingénieurs sont-ils inquiets ? Se préparent-ils aux mutations à venir ? Deux d’entre eux se sont prêtés à l’exercice prospectif. Bilan.

La robotique, le digital et l’IA font déjà partie du quotidien des ingénieurs. Et qu’ils soient les artisans de leur développement ou leurs utilisateurs, aucun n’imagine faire sans demain. Au contraire. « Dans le monde de l’ingénierie, et dans notre entreprise en particulier, l’un des axes stratégiques en termes d’innovation, c’est la digitalisation », raconte Claire Deligant, ingénieure en biosciences de formation et désormais cheffe de projet Innovation chez Assystem. « Les outils numériques et d’intelligence artificielle peuvent nous aider, par exemple, en nous permettant d’analyser des données de masse beaucoup plus rapidement. Un vrai plus pour prendre des décisions plus vite et de manière plus éclairée. Mais in fine ce sera toujours à l’humain ingénieur de décider. IA, robots ou autres logiciels, tous sont des outils créés par des ingénieurs pour être utilisés, notamment, par des ingénieurs ».

Pour elle donc, cette nouvelle révolution technologique n’est pas une source d’inquiétude pour son avenir professionnel ou celui des ingénieurs en général. Elle peut surtout être une opportunité. Pour quoi ? « Redonner ses lettres de noblesse à l’ingénieur », estime Robert Plana, Chief Technology Officer chez Assystem. « Jusqu’à présent nombre d’ingénieurs passent beaucoup de temps à lire des documents. De ces documents, ils extraient les informations dont ils ont besoin et ils les classent dans des fichiers Excel par exemple. Ils font de la vérification. C’est une valeur ajoutée assez faible pour un travail d’ingénieur. Alors que si l’ingénieur développe un modèle qui va permettre de faire une tâche répétitive de façon automatique, ou de réaliser des tâches avec une fréquence impossible à tenir pour un être humain ou une armée d’hommes, on lui redonne toute sa valeur. Les nouveaux outils à notre disposition ou en développement replacent l’ingénieur dans un rôle de conception, de modélisation et d’analyse des résultats. Et accroissent ses capacités de prise de décision éclairée ».

De la théorie à la pratique

Sur le papier, cette révolution se ferait donc plus au service de l’ingénieur qu’à ses dépens. Mais leur formation, leurs connaissances informatiques notamment, et leurs modes de travail ne doivent-ils pas évoluer pour en tirer tous les fruits ? A l’évidence si. « Les ingénieurs sont et seront amenés, sur la base de leurs connaissances métier, à configurer les systèmes qui vont optimiser un process, à concevoir des modèles et puis à analyser les résultats pour prendre les bonnes décisions. En parallèle, nous avons besoin d’ingénieurs spécialisés du digital, les data scientists notamment, pour développer de nouveaux langages, des algorithmes d’optimisation, et demain d’autres innovations basées sur l’Intelligence artificielle. Et à l’amont et l’aval des projets, il faut nécessairement intégrer de nouvelles manières d’interagir, explique Robert Plana. Mais le système se fertilise tout seul finalement. Les ingénieurs métiers apprennent sur le terrain des notions digitales plus ou moins poussées, et les ingénieurs dans le coeur digital apprennent les enjeux sectoriels et le métier ».

Dans les entreprises, il devient ainsi courant d’instaurer des systèmes de couplage entre ingénieurs métier et ingénieurs spécialisés dans la donnée et le codage. Au-delà des formations de base qui évoluent, on demande surtout aux ingénieurs d’avoir un esprit ouvert et un goût pour le travail d’équipe et l’inter-disciplinarité. C’est ainsi qu’ils pourront tirer tous les bénéfices de la révolution technologique actuelle.

« Le métier d’ingénieur reste un métier exigeant, qui demande sans arrêt de découvrir de nouvelles approches, de nouvelles technologies, aux frontières de ce qu’on a appris. C’est comme cela que les ingénieurs continueront à etre utiles. Sinon – j’exagère volontairement le trait – on pourrait réduire la tâche de l’ingénieur à du secrétariat scientifique », assure encore Robert Plana.

Le vrai enjeu : bien utiliser ces nouveaux outils

Si les innovations robotiques et numériques peuvent donc révéler les qualités des ingénieurs, elles mettent néanmoins au défi leur ingéniosité. « En soi, digitaliser pour digitaliser n’a pas d’intérêt, soulève ainsi Claire Deligant. On peut, c’est vrai, être épaté par les nouvelles technologies. Se dire, ah c’est génial ! Mais pourquoi est-ce qu’on le fait ? Et quel est le gain pour la société ? Tout ce que les ingénieurs fabriquent et produisent, ce n’est pas juste pour s’amuser ou provoquer un effet Whaou. C’est pour une utilité sociétale, que les gens puissent vivre dans de bonnes conditions, en bonne santé, … S’approprier les nouveaux outils, c’est donc une étape nécessaire mais il faut savoir pourquoi on les utilise ».

Aujourd’hui, les gains de productivité sont souvent le premier objectif mis en avant pour intégrer les nouvelles technologies. A cela s’ajoute une meilleure appréhension des projets et missions complexes et des bénéfices en matière de sécurité. « On peut notamment optimiser la gestion de la co-activité, autrement dit le couplage entre des tâches. C’est très vrai dans le secteur nucléaire par exemple où, quand une tranche d’une centrale est arrêtée pour maintenance, il faut réaliser 15 000 tâches qui ne sont pas indépendantes les unes des autres. De la même manière, avec les nouveaux outils à notre disposition, on peut mieux gérer les travaux à réaliser en fonction des ressources disponibles. On parle d’optimisation sous contrainte », détaille Robert Plana.

Pour l’ingénierie, l’enjeu est donc de mieux décrire la complexité des projets, de mieux appréhender les aléas, de mieux anticiper les défaillances, « pour finalement avoir des architectures d’infrastructures beaucoup plus résilientes et beaucoup plus robustes ».

A cet égard, Claire Deligant estime qu’il faut aller plus loin dans la réflexion sur l’usage des technologies et plus généralement sur l’avenir de l’ingénierie : « nos méthodes de production sont issues de la révolution industrielle d’un siècle passé. Or notre époque ne fait plus face aux mêmes réalités ni aux mêmes enjeux. Le lutte contre le changement climatique et la dégradation de l’environnement en font partie. Et de ce point de vue, il me semble que les ingénieurs, aidés ou non pas les nouveaux outils, peuvent réellement apporter à la société. En imaginant, en façonnant, les ressorts d’une industrie positive ».

Partager :

Quelque chose à dire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Robert Plana

Chief Technical Officer Assystem

Claire Deligant

Contributeur externe

Nos offres
##INCREDIBLENGINEERS

voir plus

PLUS D'ARTICLES

8 bonnes raisons d’aller s’installer à Tours

À une heure seulement de la capitale, Tours offre de multiples avantages à ses habitants. Que vous soyez fin gastronome, passionné d’histoire ou à la recherche d’opportunités professionnelles dans le ...

Être ingénieur.e à Tours: "un cadre historique pour des projets d'envergure"

Les projets d’envergure dans les secteurs du nucléaire et de la défense se multiplient à Tours grâce aux nombreux partenaires présents dans la région. L’occasion idéale de découvrir celle que l’on sur...

Être ingénieur à Cherbourg : “un vrai sentiment de liberté”

Le premier travaille sur un projet nucléaire d’envergure, le deuxième sur l’ingénierie de projets naval de défense. Alexis Turcan et Jérôme Lecolazet ont tous deux pour point commun d’avoir choisi le ...

10 bonnes raisons de partir travailler dans le Cotentin

À quelques heures de Paris, la région du Cotentin se distingue par son cadre de vie idyllique mais aussi par le dynamisme de ses industries, notamment dans le secteur du nucléaire et de la défense. Vo...

“Avant de s’expatrier, il faut bien connaître son environnement d’accueil”

Depuis mai 2019, Assystem accompagne l’Ouzbékistan dans sa transition énergétique grâce à la mise en œuvre du nouveau mix énergétique du pays (nouvelles infrastructures de production, réseaux de trans...

Digitalisation d’Apollo Maturity: décollage vers de nouveaux horizons

Les industries de la santé et des sciences de la vie sont confrontées à des impératifs de conformité réglementaire contraignants, ainsi qu’à des exigences toujours plus fortes en matière de qualité de...

« Travailler sur le site de construction d’une centrale nucléaire et vivre à 5 minutes à pieds de la mer »

Expatriée en Turquie, Alexia Sergeant intervient au sein du programme nucléaire ambitieux d’Akkuyu. Au-delà du challenge professionnel, cette jeune ingénieure partage un véritable coup de cœur pour un...

« Je suis au bon endroit »

Paolo a rejoint les équipes d’Assystem France en février dernier. Son rôle : manager l’équipe de data-scientist et contribuer à améliorer la performance des projets du groupe. Une mission « très grati...

« On m’a offert l’opportunité d’évoluer sur plusieurs postes »

Entre France et Angleterre, Nicholas Morris vit aujourd’hui un challenge quotidien : celui de développer le business d’Assystem autour du projet d’EPR britannique Hinkley Point C. « Fascinant », selon...

Non je ne suis pas un•e super-héros

Pour le commun des mortels, quand  on parle d’ingénieurs, s’impose l’image de Steve Job, inventeur du premier Macintosh et fondateur d’une entreprise désormais trillionnaire, ou encore d’Elon Musk, im...

Mais en fait c’est quoi un ingénieur ?

Ingénieur, ingénieure \ɛ̃.ʒe.njœʁ\ : de l’ancien français engigneor, constructeur d’engins de guerre. > Personne que ses connaissances rendent apte à occuper des fonctions scientifique...

Métro, boulot, dodo... Inside la tête d’un•e ingénieur•e lors d’une journée banale

Constructeurs de ponts ou de centrales, designers, gestionnaires de projet… Mais que font-ils tous ces ingénieurs concrètement ? Entre les réunions, les rencontres avec le client, le management d’équi...

Quand je serai grand·(e), je serai ingénieur(·e) !

La popularité et la fréquentation des écoles d’ingénieurs ne se dément pas d’année en année. Pourquoi ? Qui sont les ingénieurs ? Leur parcours ? Leur quotidien ? Nous avons rencontré trois d’entre eu...

La NASA emmène le nucléaire dans l’Espace

La conquête de l’Espace est plus que jamais au centre de l’attention, avec des projets comme SpaceX ou The Stealth Space Company, mais qui de mieux que la NASA pour réaliser ce fantasme qui a traversé...

Big Data Automation

Ce n’est un secret pour personne, la Data constitue le nerf de la guerre pour de plus en plus d’entreprises. Si cela apporte bon nombre de bénéfices à qui l’utilise bien, les contraintes vont de pair ...

L’Arabie Saoudite, terre de pétrole... et d’ingénieurs

En Arabie Saoudite, être ingénieur représente bien plus que toute autre profession. Avec le plan « Saudi Vision 2030 » visant à réduire la dépendance de l’Arabie Saoudite vis-à-vis du pétrole et...