D’ailleurs, le nucléaire, ça vient d’où ?

D’ailleurs, le nucléaire, ça vient d’où ?

12 juin 2019
énergie nucléaire Nucléaire secteur nucléaire
Lire l'article

En 2018, 10,3 % des besoins électriques du globe ont été assurés par l’énergie nucléaire. L’Agence Internationale de l’Energie prévoit un doublement de la consommation électrique mondiale d’ici 2050, et une augmentation de la production d’énergie d’origine nucléaire d’environ 50%. Si 450 réacteurs sont aujourd’hui opérationnels dans le monde, il y a 70 ans, aucun réacteur civil n’était encore en service. Quelles sont les origines de cette filière énergétique ? Quelles évolutions a-t-elle connues ? Rappels historiques.

L’histoire de l’énergie nucléaire est récente. On doit son développement à de grands savants : tout commence en 1896, année où le physicien français Henri Becquerel découvre par hasard le phénomène de la radioactivité. Il parle alors d’émission de rayonnements « uraniques ». C’est à Marie Curie que l’on doit le terme « radioactivité ». Elle l’invente en 1900 après avoir découvert que le radium pouvait émettre les mêmes rayonnements que ceux décrits par Becquerel.

Mais à cette époque, personne n’imagine encore le potentiel énergétique de la radioactivité. Il faut attendre le milieu des années 1930. Quand Irène et Frédéric Joliot-Curie découvrent la radioactivité artificielle en bombardant une feuille d’aluminium avec des particules, créant ainsi les premiers noyaux radioactifs artificiels. Plus tard, en 1938, les chimistes allemands Strassmann et Otto Hahn, démontrent qu’un neutron peut casser un noyau d’uranium en deux noyaux plus petits, et mettent en évidence le phénomène de la fission nucléaire.

L’année suivante, Frédéric Joliot-Curie, Hans Halban et Lew Kowarski vont plus loin et découvrent que la fission de l’uranium est en mesure de produire des neutrons fortement chargés en énergie. Ils envisagent alors la possibilité d’une réaction en chaine et donc d’une production importante d’énergie. 3 brevets sont déposés par le CNRS : ils détaillent notamment les principes permettant de réaliser un réacteur nucléaire.

Les Etats-Unis d’abord en tête

Ce n’est qu’après la guerre, en 1945, que la production d’électricité nucléaire se met à susciter l’intérêt des nations. Si la France et l’Europe ont été des pionniers scientifiques, c’est aux Etats-Unis, en 1951, sur le site d’Idaho Falls, qu’un réacteur nucléaire produit pour la première fois une petite quantité d’électricité.  Et en 1957, le premier réacteur à eau pressurisée, technologie qui est aujourd’hui utilisée dans la majorité des centrales nucléaires du globe, est mis en route à Shippingport en Pennsylvanie.

En France, le général De Gaulle mise lui aussi sur le déploiement de l’énergie nucléaire pour des usages civils. C’est ainsi qu’il crée dès 1945 le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), qui, dès 1948, supervise la construction à Fontenay-aux-Roses du premier réacteur nucléaire civil français, la pile Zoé.

Puis dans les années 1950, sur le site de Marcoule, le CEA teste et améliore la technologie de type Uranium naturel graphite gaz (UNGG), celle qui sera d’abord choisie par la France et EDF pour fournir de l’électricité. C’est ainsi que débute en 1957, sur le site de Chinon, la construction d’EDF1, le premier réacteur électronucléaire à usage civil en France, lequel délivre ses premiers kilowattheures en juin 1963.

Entre 1963 à 1972, 6 réacteurs de la filière UNGG sont ainsi construits et démarrés en France (sur les sites de Chinon, Saint-Laurent et Bugey). Mais cette technologie est définitivement abandonnée en 1973, la France lui préférant les réacteurs à eau pressurisée de l’Américain Westinghouse, plus performants, plus efficaces et plus sûrs. « Ce sont donc les Américains qui ont pris le lead industriel avec la technologie PWR (ou REP en français), et ils l’ont ainsi vendue à la France qui a payé des royalties pendant dix ans. Puis Framatome a développé une technologie française sur ces bases, en l’améliorant », souligne Bernard Blanc, directeur du développement nucléaire chez Assystem.

Le premier choc pétrolier et l’industrialisation de la filière nucléaire

Si le déploiement du nucléaire a commencé dans les années 1950 puis progressé dans les années 1960 aux Etats-Unis, en Russie, en France, ou au Royaume-Uni, il s’est accéléré après le premier choc pétrolier.

En France, « l’impact du choc pétrolier de 1973 a ainsi conduit le gouvernement Messmer à engager un programme de construction de 34 réacteurs de 900 Mégawatts électriques (MWe), suivis à partir de 1976, de 24 réacteurs supplémentaires de 1 300 MWe ».

« La flambée des prix du pétrole a donc poussé les nations à renforcer leur souveraineté énergétique, ajoute Bernard Blanc. C’est vrai en France, mais aussi au Royaume-Uni, au Japon ou en Allemagne. Quant aux Etats-Unis, eux-mêmes producteurs de pétrole, l’instinct souverain s’est mêlé à la volonté de puissance du pays. »

Puis la compétitivité prix et l’excellence industrielle de la filière nucléaire l’ont conduite à se renforcer et à s’implanter dans d’autres pays du globe. En Asie notamment, où pour répondre à la croissance économique et démographique, des Etats comme la Chine ou l’Inde ont commencé à s’équiper en centrales nucléaires.

Le nucléaire, ça va où ?

Aujourd’hui plus de 10 % de l’électricité produite dans le monde est d’origine nucléaire. Comme les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire n’émet presque pas de CO2, ce qui constitue un atout majeur dans la lutte contre le changement climatique. De plus elle assure, contrairement aux énergies renouvelables, une production continue d’électricité, qui permet de répondre à tout instant à la demande des consommateurs.

La nouvelle génération de réacteurs nucléaires, dits de 3° génération, (comme l’EPR en France, en Finlande ou en Chine), débute son déploiement et constituera l’ossature des parcs nucléaires en service dans le monde jusqu’à la fin du 21° siècle.

Pour le long terme, de nouvelles technologies font actuellement l’objet de travaux de recherche importants :

Les réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium qui sont capables de produire eux-mêmes le combustible dont ils ont besoin (le plutonium), et peuvent de ce fait constituer une réponse à long terme à la raréfaction des ressources naturelles d’uranium.

De même, la fusion nucléaire, phénomène mis en évidence au début du 20e siècle, fait actuellement l’objet de recherches internationales (projet ITER) pour apporter une première démonstration expérimentale  de l’intérêt industriel de la fusion.

Partager :

Quelque chose à dire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Bernard Blanc

Directeur du Développement Nucléaire Assystem

Nos offres
##INCREDIBLENGINEERS

voir plus