BTP : vous avez dit métiers d’homme ?

BTP : vous avez dit métiers d’homme ?

8 mars 2019
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Femmes dans les métiers du bâtiment

De la conception au démantèlement en passant par la construction, le secteur du BTP est à la fois passionnant et rude. Pour les hommes comme pour les femmes, assure Albane Levieux, directrice du développement Projets spéciaux et Infrastructures chez Assystem. Avec plus de 25 ans d’expérience dans le secteur du bâtiment, cette acharnée de travail est aussi exaltée qu’au premier jour. Et cet engagement elle le met aussi au service de ses convictions. Dans un univers encore très masculin, elle plaide notamment pour favoriser la mixité professionnelle et l’équité de parcours. Portrait.

Vie d’une femme dans les métiers du BTP

La féminisation et l’évolution des mentalités dans le secteur de la construction permet aux femmes de s’imposer progressivement dans un milieu encore très masculin. Les stéréotypes « les métiers d’hommes » et « les métiers de femmes » laissent lieu à une disparité entre les genres qui est importante. Ceci car il est demandé d’être fort physiquement dans le métier de la construction. Néanmoins, cela n’est plus une condition pour travailler dans la construction. Les tâches sont beaucoup plus mécanisées et les engins de chantier plus adaptés donc plus accessibles aux hommes comme aux femmes. En effet, aujourd’hui près de 12% des salariés du bâtiment et travaux publics sont des femmes. C’est peu certes, mais en augmentation. Moins de 8% de l’effectif du secteur était ainsi féminin au début des années 1990. C’est justement à cette époque, en 1993, qu’Albane Levieux débute sa carrière, sur les chantiers, après son embauche par une grande entreprise du bâtiment. Diplômée de l’INSA Lyon et de son département Génie Civil et Urbanisme, l’ingénieure a donc immédiatement goûté au terrain, bottes aux pieds et casque sur la tête. « Vers 25 ans, j’étais conductrice de travaux d’un chantier de 150 personnes, quasi exclusivement des hommes et de toutes les nationalités, raconte-t-elle. J’en garde un excellent souvenir professionnel et humain. J’y ai beaucoup appris. Et je n’ai subi aucune raillerie mal placée ni vu ma légitimité à ce poste remise en question. Certes, un chantier c’est rugueux. Oui le verbe peut y être haut. Mais le fait d’être femme n’est pas handicapant. Il faut simplement bien faire son travail ». De cette première expérience, elle a donc retenu une approche collaborative du management, une bonne connaissance des enjeux liés à la réalisation d’un projet et a développé l’envie d’agir plus en amont, dès les phases de conception. En 2001, après un congé maternité de quatre mois et de retour dans une entreprise en difficultés économiques, elle et Christophe Fournier, l’un de ses collègues, décident ainsi de lancer BATIR. Spécialisée dans le génie civil nucléaire, dans lequel baignaient les deux associés, la synthèse technique puis le BIM, leur société a vite grossi. « Pendant 15 ans, je me suis toujours sentie comme l’alter-ego de Christophe Fournier. D’ailleurs je pense qu’il est plus féministe que de nombreuses femmes, confie-t-elle. Avec certains clients en revanche, c’était parfois plus difficile. Certains étaient comme gênés de travailler avec moi. Je demandais alors à mon associé de prendre le relai. Parfois c’était l’inverse. Peu importe en réalité, je crois surtout que mettre en œuvre des actions conjuguées entre hommes et femmes, c’est un moyen de faire évoluer les a priori, et les habitudes de travail. D’un point de vue opérationnel et en termes de résultat, c’est surtout très efficace ! ».

Egalité professionnelle : Construire avec les hommes et non contre eux

Sans rancœur mais sans l’accepter non plus, elle a pu constater dans son parcours et aujourd’hui encore qu’il est parfois inconsciemment délicat pour un homme exerçant à un poste à responsabilités de collaborer avec son alter-ego féminin. « Nous vivons dans une période qui bouleverse beaucoup de choses, des millénaires d’Histoire même. Il faut donc comprendre. D’ailleurs je le dis, je le répète, le féminisme, même si c’est un mot souvent galvaudé, ce n’est pas contre c’est avec. En ce sens, il ne me semble pas exagéré de demander que l’une des grandes phrases de la déclaration des droits de l’Homme devienne une réalité. Elle dit : « les Hommes naissent libres et égaux en droit ». Il s’agit donc simplement de permettre aux femmes, qui constituent la moitié de cette Humanité de bénéficier de ces préceptes. Ni plus, ni moins ». Dans ce secteur qui se féminise et où l’on retrouve principalement les femmes dans les métiers administratifs, il reste des efforts à fournir en termes d’égalité et de responsabilité. Comme le constate Albane Levieux, le principal problème à régler ne réside pas dans les écarts de rémunération, qu’elle n’a jamais eu à subir, mais dans le manque d’équité des parcours et l’égalité des chances entre les sexes. « Je ne pense pas que le BTP soit un secteur plus machiste ou plus difficile à intégrer qu’un autre pour une femme. En revanche, comme d’autres domaines intégrant des métiers techniques, d’ingénierie, on se heurte parfois à des « procès » en légitimité », regrette Albane Levieux. Trop souvent, une fois arrivée à un nouveau poste, vous perdez du temps à faire la preuve que vous avez la compétence pour vous exprimer, décider sur tel sujet ou arbitrer sur telle chose. Si on y ajoute la maternité, on s’aperçoit que le parcours pour accéder à un poste est souvent bien plus long et semé d’obstacles pour une femme que pour un homme. Ce n’est pas normal ». Pour Albane Levieux, la clé se trouve dans la complémentarité. Comme la diversité culturelle, la variété de caractères et de vision, la question du genre est porteuse pour l’entreprise. « Les managers ont donc un rôle très fort à jouer aujourd’hui pour fissurer le plafond de verre. Car les évènements sont lus en fonction de la composition chimique du milieu dans lequel ils sont énoncés. Une décision prise dans un comité majoritairement ou exclusivement masculin sera sans doute prise de bonne foi, sans arrière-pensée volontaire. Sauf que la grille de lecture est dictée par le milieu », explique l’ingénieure.

Mixité : À quand des mentors femmes dans le BTP ? 

Chez elle ni sentimentalisme, ni agressivité. Simplement la volonté d’avancer mieux ensemble et d’inspirer les générations futures pour un métier et un secteur d’activité qu’elle adore. À 48 ans, elle est d’ailleurs toujours aussi passionnée. Depuis le rachat de BATIR par Assystem en 2016, elle a ainsi pris de nouvelles fonctions. Directrice du développement Projets spéciaux et Infrastructures, elle aime travailler en collaboration pour voir naître de grands projets notamment dans « des industries à la pointe de la technologie et de grandes infrastructures publiques. La construction touche à quelque chose d’ancestral. On crée littéralement des lieux de vie, de travail, de communication. Le sens de ce secteur est très fort », affirme-t-elle. Aussi recommande-t-elle à tous ceux et celles qui sont passionnés par les métiers du bâtiment et le secteur de la construction de se lancer. Pour que les femmes puissent trouver dans les travaux du bâtiment et l’ingénierie en général la place qui leur revient. En prenant en compte l’impact positif que peut avoir une présence féminine sur un chantier, elle les invite à intégrer les réseaux, mixtes et de femmes qui s’organisent aujourd’hui dans la société. « Tous les hommes vous diront, à des postes à hautes responsabilités en particulier, qu’ils ont eu des mentors. De mon côté aussi, j’ai eu des mentors hommes, qui ont cru en moi et m’ont accompagnée pendant toute ma carrière. Mais j’ai manqué d’exemples féminins. Je crois que l’échange et le partage qui animent les réseaux sont aussi motivants qu’inspirants et finalement nécessaires pour grandir et faire grandir les générations qui arrivent ».

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Albane Levieux

Directrice de l'entité Bâtiment & Infrastructure Assystem

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