Être ingénieur en Inde

Être ingénieur en Inde

20 février 2019
Inde Ingénieur
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6e puissance économique mondiale, l’Inde connaît une dynamique émergente puissante. Pour poursuivre son développement, les autorités font de l’énergie, des infrastructures et des technologies, les trois priorités sectorielles pour les années à venir. Dans ce contexte, les ingénieurs sont particulièrement recherchés. Mais sur un territoire qui compte plus d’1,3 milliard d’habitants, 29 États, 22 langues régionales, et des coutumes toutes aussi variées, les compétences ne sont pas les seuls critères à prendre en compte pour travailler et innover au pays de Gandhi.

Si la France, l’Allemagne, les États-Unis ou la Chine sont de grandes terres d’ingénierie, l’Inde n’est pas en reste. Sa croissance, 8% en 2017, traduit notamment un développement intérieur très rapide. Et pour offrir à sa population, un cadre de vie moderne, confortable et durable, le pays mise sur le déploiement intelligent de son infrastructure énergétique, le développement de ses réseaux de transport et la modernisation globale de son économie via la technologie.

En quelques années, des villes comme Bangalore, Hyderabad ou Chennai sont ainsi devenues des hauts lieux de la high tech et de l’industrie de pointe. Elles n’ont pas manqué d’entraîner dans leur giron des grandes écoles (Indian Institute of technologies, Centrale…) et de grands acteurs de l’ingénierie comme Mahindra, Microsoft, General Electric, Airbus ou Schneider Electric.

Cette dynamique conduit à une forte demande d’ingénieurs hautement qualifiés. « C’est particulièrement le cas pour des compétences IT/ITES, pour la conception de microprocesseurs, l’IoT, les systèmes embarqués, le développement de logiciels, d’applications mobiles ou de technologies de visualisation », souligne Sreejesh Sundaresan, ingénieur indien, responsable technique chez Assystem Axiscades.

Comme partout cela dépendra ensuite du secteur d’activité de l’ingénieur. Mais « pour être un bon ingénieur, il faut être disposé à apprendre, à mettre en œuvre et à travailler avec les nouvelles technologies qui se présenteront tout au long de sa carrière », note encore Sreejesh Sundaresan.

Être un ingénieur en Inde change donc peu en matière de compétences et de technologies ou process déployés par rapport au reste du monde. En revanche, le cadre de travail et le cadre de vie peuvent être sensiblement différents. Avant de candidater pour un poste, il est donc bon de connaître les pièges à éviter et certaines habitudes d’affaires et de savoir-vivre.

La confiance, une nécessité au quotidien

En Inde, se montrer hospitalier est ainsi très important dans la vie privée comme dans la vie professionnelle. « Cela fait partie des processus de négociation par exemple. Souvent, les réunions commencent par un thé/café et des collations qu’il est courtois d’accepter. Les relations et les sentiments jouent en effet un rôle plus important qu’ailleurs dans les décisions, explique Sreejesh Sundaresan. En général, les indiens prendront plus de risques avec une personne en qui ils ont confiance. Ainsi, la crédibilité et la fiabilité d’une personne sont essentielles à la négociation d’un accord ».

De la même manière, confie l’ingénieur indien de 36 ans, diplômé en électronique et instrumentation à l’université Mahatma Gandhi, les indiens ont un système de pensée « inductif ». Cela peut conduire des personnes issues de cultures plus déductives à penser qu’ils manquent de concentration ou ne vont pas droit au but. « Dans la psyché indienne, la réalité ne peut être comprise que dans son contexte général. La connaissance des contextes personnels, sociaux et historiques [des personnes, des événements, des idées, etc.] est une condition préalable à leur compréhension précise. Par conséquent, il convient de se préparer à des questions qui peuvent ne pas sembler être directement liées au sujet », poursuit Sreejesh Sundaresan.

Les indiens étant prudents, pour accepter une nouvelle proposition, ils s’appuieront sur la qualité de l’idée mais aussi sur celle de la personne qui l’a émise. Autrement dit, les informations sur les personnes « ont une influence majeure sur la décision relative à une nouvelle idée. En faisant une proposition, vous devez inclure ces détails en conséquence ».

Prendre des décisions peut donc être un processus de longue haleine dans les organisations indiennes. Et ce d’autant que la culture du pays – celle des castes en particulier – a influencé l’entreprise. Le respect de la hiérarchie y est ainsi manifeste. « Par exemple, seul le président ou les plus hauts cadres dirigeants d’une entreprise prendront des décisions commerciales. Au quotidien, vous constaterez souvent que, par respect, les subordonnés se lèvent lorsque le patron entre dans une pièce. Si vous ne savez pas si vous devez vous lever ou non, privilégiez la prudence et agissez de la sorte », raconte Sreejesh Sundaresan.

Ces petits gestes qui feront la différence

Globalement, il est aussi important d’avoir à l’esprit le caractère multiculturel de l’Inde. Elle compte 29 États et les langues, les religions, la danse, la musique, l’architecture, la nourriture ou les coutumes diffèrent donc d’un endroit à l’autre du pays. Une diversité à laquelle tout ingénieur nouvellement arrivé en Inde se mêlera, dans les rues, les commerces ou les restaurants mais aussi dans son entreprise. « Normalement, les gens sont donc modulables et respecteront la culture, le mode de vie, la langue et la religion de chacun », assure le responsable technique d’Assystem Axiscades.

Bien sûr certains détails feront la différence. Comme par exemple l’utilisation du titre officiel approprié lorsque l’on s’adresse à un indien. On dira Professeur, Docteur, Monsieur ou Madame suivi du nom de famille. Nom qui, contrairement à l’Europe par exemple, porte un sens social fort en Inde. « Il en dit long sur les antécédents d’un indien. Par exemple, un Singh sera généralement (mais pas toujours) un Sikh. Quant au suffixe «-jee» (comme dans Banerjee), il est le signe d’une haute caste », décrypte Sreejesh Sundaresan.

Une attention précise dont il faudra aussi faire preuve pour négocier. Qu’il s’agisse d’un nouveau contrat d’affaires ou de l’achat d’une voiture, les indiens valorisent la flexibilité dans la négociation. Faire une seule offre simple sans inviter à une possibilité de baisse de prix ou de concessions autres peut donc sembler trop rigide aux yeux des indiens.

La courtoisie, par ailleurs, sera observée jusque dans un échange de cartes de visite. « Assurez-vous que la carte est rangée avec respect et pas simplement enfoncée dans une poche de pantalon, avertit Sreejesh Sundaresan. Et assurez-vous de recevoir et de donner avec votre main droite ».

Autre signe de respect et important pour faire carrière en Inde selon l’ingénieur : la langue utilisée pour échanger avec ses collaborateurs. « Lorsque vous faites des affaires en Inde, l’anglais est la langue appropriée. Mais pour avoir une carrière réussie, un ingénieur doit parler avec douceur à ses semblables, et être prêt à apprendre plusieurs langues, au moins l’anglais, l’hindi et la langue régionale de l’État dans lequel il travaille ».

Enfin, en Inde, 30% des habitants sont végétariens. Certains refusent de manger avec des collègues non végétariens. Et le bœuf est interdit dans de nombreux États. Les amateurs de ce mets devront donc se faire une raison.

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Sreejesh Sundaresan

Ingénieur Responsable Technique Assystem Axiscades

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