Être une femme architecte en Arabie Saoudite

Être une femme architecte en Arabie Saoudite

3 avril 2019
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Fatimah AlQaisoum et Batool Al Mualem travaillent toutes deux en tant qu’architectes au sein d’Assystem Radicon, en Arabie Saoudite. À ce titre, elles prennent part à des projets tertiaires, résidentiels et même gouvernementaux, depuis l’esquisse des plans jusqu’à la touche finale apportée à l’architecture intérieure. Dans ce monde longtemps dominé par les hommes, ces deux femmes ont fait preuve d’une créativité incroyable, en imaginant une plateforme d’intelligence artificielle visant à mettre en œuvre des innovations technologiques dans le secteur du bâtiment. Deux équipes venant de France et d’Arabie Saoudite ont allié leurs forces pour mettre au point le projet qui a remporté l’an passé le concours interne d’innovation.

Choisir une carrière à l’encontre de la tradition

Dans un secteur traditionnellement considéré comme masculin, Fatimah et Batool ont toutes deux pu bénéficier du soutien de leur famille. En ce qui concerne Batool, c’est son père, lui-même architecte, qui lui a fait aimer ce métier. « Depuis toute petite, je suis passionnée par la création au sens large, qu’il s’agisse de mode, d’architecture ou d’architecture d’intérieur, et cette passion a grandi avec moi. L’architecture a été la discipline qui m’a permis de laisser libre cours à ma créativité. Créer, c’est un peu comme inventer une belle histoire à chaque fois. »

Le choix de Fatimah n’a été, quant à lui, suscité par aucun modèle familial. « Dès mon enfance, je me suis toujours intéressée aux monuments historiques. J’imaginais comment ces bâtiments pourraient être rénovés tout en conservant leur valeur historique. C’est notre ancienne maison de famille qui a été mon premier espace d’étude des constructions traditionnelles. Je ne savais alors pas que ce ne serait que le début d’une aventure consacrée à l’architecture. » Si la famille de Fatimah l’a toujours soutenue dans son choix, elle a pu ressentir de la réticence dans la communauté et être confrontée à des personnes convaincues qu’elle ne pourrait pas trouver de poste dans ce domaine « masculin ». En Arabie Saoudite, les femmes sont en effet traditionnellement plutôt orientées vers les emplois dans le domaine médical. « J’étais convaincue que cette discipline en valait la peine et j’ai donc choisi de ne pas me soucier du regard des autres. J’en suis très heureuse aujourd’hui. Je suis très fière du travail que j’accomplis chaque jour et aussi de contribuer à faire évoluer le secteur de la construction. »

Travailler dans un environnement masculin

« Si, aujourd’hui, les femmes ont la possibilité de travailler dans ce secteur sans que cela ne pose problème, ce n’était pas le cas il y a 10 ans », déclare Fatimah, ce qui explique probablement pourquoi la proportion de femmes est encore faible par rapport à celle des hommes. « Actuellement, nous ne sommes que trois femmes architectes au sein d’Assystem Radicon. Il faut espérer que ce chiffre bien modeste sera multiplié ces prochaines années, à mesure que le sexisme perdra prise dans le secteur de la construction. »

Selon Batool, c’est toute la société qui vit un changement. « La communauté se mobilise pour le pouvoir et l’implication des femmes. Même la « saoudisation », cette politique qui impose aux entreprises saoudiennes de privilégier l’embauche de ressortissants saoudiens jusqu’à un certain niveau, favorise l’emploi des femmes. »

« La part des femmes saoudiennes sur le marché du travail a augmenté de 23 % en 2018. Par ailleurs, Vision 2030 permet aux femmes saoudiennes d’occuper des postes de direction importants dans le pays. Sans oublier qu’une part croissante de jeunes filles se voient accorder des bourses de fin d’études universitaires, tant au niveau local qu’à l’extérieur. Tout cela donne aux femmes de bonnes opportunités de prendre part au développement économique du pays. Je connais des jeunes femmes qui ont ouvert leur propre bureau d’ingénierie, ce qui ne se faisait pas il y a 10 ou 20 ans. Aujourd’hui c’est tout le pays qui devient plus ouvert. »

« Le fait d’être une femme peut présenter de vrais avantages pour le client », explique Batool. « Mon père m’a toujours dit que ce secteur pouvait parfaitement convenir aux femmes, puisque les femmes ont tendance à mettre davantage l’accent sur les détails. Nous prêtons également plus d’attention au ressenti et aux émotions des clients pour être sûres de bien cerner ce qu’ils attendent de nous, en particulier pour les projets résidentiels. »

Il reste néanmoins encore beaucoup de chemin à parcourir pour parvenir à l’égalité hommes-femmes. « Un de mes supérieurs m’a dit un jour qu’architecte de chantier n’était pas un travail pour les femmes »,explique Fatimah. « Il y a bien sûr également des clients qui préfèrent travailler avec des hommes, mais je pense que c’est plus une question de personnalité que de culture. Ce sont ces comportements qui m’ont poussée à décrocher mon diplôme et ensuite à travailler plus dur. » De même, « les disparités salariales entre les hommes et les femmes, à qualifications équivalentes, restent très importantes en Arabie Saoudite, autour de 60 % », selon Batool.

Les concours, un moyen de se faire connaître au monde

De l’avis de Batool, « de nombreuses portes sont en train de s’ouvrir. La nouvelle génération saoudienne a envie de participer à des concours. Bien sûr, être créatif aide à mieux se faire connaître au monde. » C’est dans cet état d’esprit que, encouragées par leur responsable, les deux femmes ont décidé de participer au concours interne mondial d’Assystem visant à mettre en application les dernières avancées technologiques dans leur domaine.

Leur première idée, à savoir la mise en œuvre d’une technologie de réalité mixte permettant de visualiser un bâtiment ou une infrastructure avant sa construction, a été retenue pour la finale. Le projet de Batool et de Fatimah a été associé à un autre projet d’une équipe française, et les deux architectes ont été invitées au siège pour présenter leurs idées. « La barrière de la langue n’a pas été une mince affaire au début », admet Fatimah. « Mais l’équipe a été formidable, ils ont tout fait pour que les obstacles soient réduits au minimum et que l’on puisse aboutir à l’idée finale ». Et Batool de confirmer : « Ce fut vraiment intéressant de travailler dans un environnement multinational, j’ai beaucoup appris. Ce fut une expérience incroyable ».

Alors que l’Arabie Saoudite poursuit son ouverture au monde, Batool et Fatimah espèrent voir davantage de femmes indépendantes désireuses de terminer leurs études et de travailler, libres de toute domination masculine. L’heure est au changement.

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Batool Al Mualem

Architecte Assystem Radicon

Fatimah AlQaisoum

Architecte Assystem Radicon

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