Ingénieuses pour la mobilité

Ingénieuses pour la mobilité

14 mars 2019
Ingénieure Mixité Mobilité transport
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Femmes ingénieurs et les métiers du transport 

Comme dans la construction, le secteur des transports connaît une transition profonde pour assurer un futur durable et mobile aux villes notamment. Dans cette mutation, les besoins en ingénierie sont multiples pour automatiser, sécuriser et verdir les réseaux. Des tâches auxquelles s’adonnent Nouama Bouasria et Noémie Bouillod. La première est ingénieure structure spécialisée en BIM et travaille sur le projet du Grand Paris Express, la seconde, assistante chef de projet pour une mission menée pour le métro de Lyon. À leurs yeux la question du genre n’a pas grand-chose à faire dans le choix de ce secteur, la passion, en revanche, est un vrai prérequis.

Le métier d’ingénieur conduit les femmes vers des secteurs professionnels encore considérés par certains comme masculins. Le BTP en fait partie, les transports aussi. « Depuis quelques mois je suis marraine de l’association Elles bougent, laquelle a noué un partenariat avec mon entreprise. L’objectif est d’intervenir dans des collèges ou des lycées pour faire découvrir aux jeunes filles des carrières méconnues, inspirer des vocations dans l’ingénierie, et des secteurs comme les transports, raconte Nouama Bouasria. Et je m’aperçois qu’on a encore cette tendance à considérer le métier d’ingénieur comme une profession masculine. J’ai même entendu des filles m’assurer que de toute façon, dans ce secteur, mon chef serait toujours un homme. Je suis donc là aussi pour casser cette idée reçue car dans la réalité, les choses sont en train de changer ».

Ingénieures en mobilité : la passion contre les stéréotypes 

Le plus important, témoigne-t-elle, est de se laisser le droit de rêver et de traduire ces rêves en objectifs. C’est ainsi que Nouama a tracé son chemin pour arriver là où elle est : ingénieure structure spécialisée en BIM (Building Information Modeling et qui correspond à la Modélisation des Informations du Bâtiment) au sein de l’équipe BIM d’assistance à maîtrise d’ouvrage de proximité, créée pour aider la société du Grand Paris dans l’intégration du BIM au projet pharaonique du Grand Paris Express.

Pour elle, tout commence après sa formation supérieure, deux années de maths sup et maths spé. Elle intègre alors l’école supérieure des géomètres et topographes du Mans avant de rejoindre le master 2 en calcul des structures de l’Université de Lorraine, à Nancy. « Ma voie je l’ai réellement trouvée au cours d’un stage dans un bureau d’étude », explique-t-elle. Elle s’aperçoit alors qu’aucune passerelle agile n’existe entre les acteurs d’un projet de construction et que les courriers postaux sont encore utilisés pour communiquer avec l’architecte. «Cela a déclenché chez moi une envie de solutionner ce manque de partage d’informations et de fluidité entre les acteurs d’un projet. J’ai découvert, au cours de recherches personnelles, la méthodologie BIM. J’ai donc décidé d’en faire mon travail de fin d’études puis de me spécialiser encore en intégrant le Mastèrespécialisé BIM conception intégrée et cycle de vie du bâtiment et des infrastructures de l’École des ponts et l’ESTP à Paris », poursuit Nouama.

Pour Noémie Bouillod, jeune ingénieure fraîchement diplomée, la clé a aussi été de suivre ses envies. À 23 ans et en réussissant son insertion professionnelle, elle est ainsi assistante chef de projet et responsable de lots de travaux sur un projet de maîtrise d’œuvre pour traiter l’obsolescence de la vidéoprotection et de la sonorisation du métro de Lyon. « Je me plais vraiment dans ce que je fais. Mon métier a du sens et me permet d’apprendre au quotidien », confie-t-elle.

Tout juste jeune diplômée d’un BAC S option sciences de l’ingénieur, elle s’est naturellement dirigée vers une école d’ingénieur, l’INSA de Lyon, et s’est spécialisée en génie industriel. « Durant mes études supérieures et mon début de carrière, je n’ai jamais souffert d’aucune comparaison désagréable avec un homme, ni d’aucune stigmatisation. Au lycée, cela a été moins évident. Un professeur par exemple m’a déconseillé de suivre l’option sciences de l’ingénieur au risque d’être la seule fille, se souvient Noémie. Je ne l’ai pas écouté, sinon, à l’entendre, aucune femme n’emprunterait de parcours d’études assimilée à des métiers « masculins ». Finalement je crois vraiment que c’est au collège ou au lycée, ainsi que dans le cercle familial, que se joue une grande partie de la mixité dans le monde de l’ingénierie et le secteur des transports en particulier. Désormais les écoles se sont largement ouvertes à tous les publics et de plus en plus d’entreprises ont saisi les avantages à constituer des équipes mixtes en termes de genre mais aussi d’âge et de parcours ».

Mobilité et transport : Les compétences n’ont pas de genre !

Aujourd’hui, Nouama Bouasria et Noémie Bouilod travaillent dans un secteur d’activité effectivement très fortement représenté par les hommes, mais aucune n’en souffre. Elles sont à leur place. Pour Nouama Bouasria, si des évolutions de regard et RH sont à espérer sur les chantiers ou au niveau du top management de ces derniers, le vrai enjeu est d’inspirer des vocations et pousser de jeunes filles à rejoindre des écoles et obtenir un diplôme d’ingénieur. « On a déjà une ministre des transports qui est une femme mais ce n’est pas suffisant. Il faut des figures visibles à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Ce sont elles qui influenceront les générations de filles à venir et leur diront que c’est faisable et accessible à tous », estime-t-elle.

Pour les deux ingénieures, ni les cadres de travail, ni les connaissances ni les compétences requises pour être ingénieurs dans le secteur des transports n’empêche les femmes d’y prétendre. « Pour moi, nos équipes sont uniquement constituées d’humains qui se complètent. Nos compétences sont assez similaires, ou très complémentaires, mais chacun est différent et apporte ainsi à l’équipe, souligne Noémie Bouillod. Nos raisonnements sont différents, nos organisations, nos façons de communiquer et cela n’a rien à voir avec le genre. C’est pour moi le vrai sens de la mixité d’ailleurs et sa vraie plus-value ».

Toutefois, pour que cette mixité hommes / femmes s’exprime au mieux, les entreprises doivent intégrer un sujet de réflexion indispensable selon elle. S’il faut penser égalité des salaires et s’efforcer de briser les plafonds de verre, « je pense qu’il faut davantage connecter ce souhait de mixité à la réalité. Vouloir attirer des femmes c’est bien, mais adapter les missions, les postes, les emplois du temps, les modalités de travail individuel et collectif aux nouvelles formes d’organisation de vie, ce serait plus pertinent encore. Aujourd’hui les mères comme les pères vont chercher leurs enfants à la sortie de l’école ou doivent être disponibles quand ils sont malades, les hommes comme les femmes ont envie de s’épanouir entre vie privée et vie professionnelle… ».

Dans le secteur du transport comme dans d’autres, l’ingéniosité demandée aux ingénieurs pour répondre aux défis techniques, opérationnels, financiers, humains et écologiques de demain n’a donc pas de genre. Elle naît des esprits les plus déterminés et passionnés. Nouama et Noémie en témoignent.

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Les femmes dans l'ingénierie

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Noémie Bouillod

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Nouama Bouasria

BIM process and Technology Manager Assystem

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