Les ingénieurs de 60 ans sont-ils has been ?

Les ingénieurs de 60 ans sont-ils has been ?

30 mai 2019
Ingénieur Nucléaire
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À 61 ans, Claude Bernard ne code pas et délaisse largement les réseaux sociaux. En revanche, il peut courir le marathon en 3h30, a déménagé 32 fois en 40 ans, et a accepté en 2018 une nouvelle expatriation en Arabie Saoudite, la 8e dans sa carrière. La bougeotte fait partie des gênes de cet ingénieur rompu aux projets nucléaires, et à l’apprentissage en continu aussi. Portrait.

« Pour moi, qui dit jeunes et vieux ingénieurs dit complémentarité. D’autant plus dans les projets à l’export sur lesquels je travaille. A l’étranger, nous faisons face à des situations inédites, à des clients dont la culture quotidienne et professionnelle diffère de la nôtre. Cela demande de s’adapter. La jeune génération, entreprenante, a des compétences à faire valoir, mais cela implique aussi de savoir prendre du recul. Et ce recul s’obtient au gré des expériences vécues », témoigne, enthousiaste Claude Bernard.

Expatrié depuis le milieu de l’année 2018 en Arabie Saoudite pour une mission de deux ans, cet ingénieur en génie civil diplômé de l’ESTP en 1980 sait de quoi il parle. Avant de rejoindre Assystem il y a 4 ans, il a passé 32 ans chez EDF. « À ma sortie de l’école, après un stage chez Bouygues, j’ai eu une opportunité de rentrer chez EDF et on m’a rapidement envoyé sur les chantiers d’EDF après un cours passage aux études de sites, raconte-il. J’ai donc commencé par les sujets dont je m’occupe aujourd’hui, à savoir la sélection de sites et l’implantation de centrales nucléaires ».

Une expérience de 40 ans façonnée dans 8 pays

Il a ainsi travaillé un an et demi à Chinon, connu les débuts de la construction de la centrale nucléaire de Civaux, près de Poitiers et travaillé à l’achèvement de la construction de la centrale de Chooz dans les Ardennes. « En complément de cela, j’ai eu la chance d’être chef de service en centrale en exploitation pendant 4 ans. Un an à Belleville-sur-Loire et 3 ans à Dampierre, l’une des premières construites en France. Cela m’a permis d’aborder en profondeur les questions essentielles de maintenance et de management pour un exploitant de ce type d’installation, explique Claude Bernard. Dans ce type de poste, on vit au rythme de la centrale. Il y a peu de choses en commun avec un travail d’ingénierie dans un bureau. Cela permet de comprendre l’importance des tâches de chacun dans le développement d’un projet nucléaire, sûreté incluse ».

La France n’a pas été le seul terreau de l’expérience de cet ingénieur en génie civil. Il a ainsi travaillé dans huit pays différents dont six pour EDF : en Italie, au Liban sur une centrale cycle combiné gaz, à Tchernobyl (Ukraine) au développement du nouveau sarcophage, en Chine, à Daya Bay comme responsable du génie civil sur la première centrale nucléaire du géant asiatique, ou encore en Angleterre au développement du projet EPR d’Hinkley Point C.
Le recul, Claude Bernard peut donc s’en prévaloir. C’est ainsi que chez Assystem, il a intégré le groupe des Space Cowboys, composé d’une vingtaine de seniors expérimentés qui interviennent en support et en conseil sur des projets à fort enjeu pour l’entreprise, la plupart à l’international.

« En réalité, je pense que nous, les anciens, pouvons mieux supporter la pression que les plus jeunes. Je ne dis pas que c’est aisé pour autant. Mais pour y faire face et trouver les meilleures solutions nécessaires à la bonne avancée d’un projet, il faut faire preuve de patience. Et ce n’est pas la première qualité des jeunes chefs de projets », souligne avec humour l’ingénieur.

L’âge ne compte pas, l’état d’esprit oui !

Reste que pour lui, l’âge est secondaire. Avec des parents presque centenaires et six enfants âgés de 16 à 38 ans, cet ingénieur nucléaire nomade sait jongler avec les générations.

Aujourd’hui, en Arabie Saoudite, sur le projet K.A.CARE, il travaille comme adjoint au chef de projet, Billal B., qui lui a 37 ans. « J’interviens principalement sur la partie technique du projet alors que Billal gère les parties progress et planning, et connaît mieux que moi les aspects financiers. Mais chacun d’entre nous peut être amené à travailler sur le domaine de l’autre. Billal par exemple s’investit sur l’un des cinq livrables techniques et j’ai été conduit à l’aider dans la conduite du projet avec le client. Cela nous permet d’apprendre de nos collègues et de faire évoluer nos compétences en continu, sur le terrain », raconte encore Claude Bernard.

« Après, c’est vrai, ne me demandez pas de faire le design d’un système informatique pour la gestion documentaire ! En matière numérique, je ne suis spécialiste de rien du tout. Je ne suis qu’un utilisateur. L’important c’est de savoir utiliser les logiciels avec lesquels on travaille, et pour ce faire, je me suis souvent formé sur le tas », ajoute-il.

Peu actif sur Facebook pour lequel il « n’a pas le temps », ou sur Twitter, « même si le président des États-Unis lui a le temps », il n’a toutefois rien à envier aux plus jeunes en matière de dynamisme. Sa carrière en est la preuve. Ses 32 déménagements en 40 ans de mariage également. Sans parler de sa pratique sportive. « Je cours encore le marathon en 3h30. Je m’entraîne quatre fois par semaine pour m’entretenir même si je ne fais plus de compétition, dévoile-t-il. Mais finalement la question n’est pas de savoir si dès qu’on a passé les 60 ans on est has been. C’est plutôt un état d’esprit. Et si j’ai bien un conseil à transmettre, que j’applique à moi-même, c’est de prendre du plaisir à ce qu’on fait. Voilà la meilleure manière de rester à la page ! En travaillant à l’export, je me régale ».

Enfin, le temps et l’expérience lui ont appris une chose essentielle : dans la vie privée comme dans le quotidien professionnel, « la communication et le partage de connaissances sont prioritaires ». Rien ne sert donc de vouloir avoir toujours raison, ni de faire la bagarre des générations.

« On ne détient jamais la vérité seule. Il y a plusieurs façons de faire et c’est collectivement que l’on trouvera la bonne réponse. C’est ce que j’ai appris dans ma longue carrière. Sans oublier que la communication et le partage d’informations, même quand on a une culture du secret, permettent d’enrichir le travail et la personnalité de chacun ».

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Claude Bernard

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