Les ingénieurs de fictions, entre génies et savants fous

Les ingénieurs de fictions, entre génies et savants fous

19 décembre 2018
Fiction Ingénieur innovation
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Depuis le 19e siècle, la littérature, la bande dessinée et le cinéma abondent de personnages scientifiques tour à tour méchants ou héros, fous ou sérieux, isolés ou sociables. Inventeurs, bricoleurs mais aussi médecins, physiciens, chimistes, explorateurs, ils ont tous en commun le génie. Du capitaine Némo au professeur Tournesol, de Tony Stark à Emmet Brown, en passant par le récent personnage de Gru dans Moi, moche et méchant, la fiction dresse un portrait complexe, aventureux, énigmatique et parfois extrême de l’ingénieur. Une figure que les récits nous invite à craindre comme à aimer, mais qui, à chaque fois, passionne.

« Hill Valley, Etats-Unis.

Doc : Einstein vient de devenir le premier être vivant à voyager dans le temps. Je l’ai envoyé dans notre futur. Une minute en avant dans le futur pour être exact. Et par conséquent à une heure 21 minutes et 0 seconde nous allons le rejoindre, lui et la machine à voyager dans le temps.
Marty : Mais attendez un peu Doc, est-ce que j’ai bien entendu ? Vous dites que vous avez fabriqué une machine à voyager dans le temps… à partir d’une DeLorean ?
Doc : Faut voir grand dans la vie, quitte à voyager à travers le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui ait de la gueule. »

Rappelez-vous. C’était en 1985. Les salles obscures du monde projetaient pour la première fois le volet numéro 1 de la trilogie de Robert Zemeckis, Retour vers le Futur. Et les spectateurs découvraient le docteur Emmet Brown, Doc pour les intimes. Devenu mythique, il donne une vision loufoque mais brillante de l’ingénieur. Ici c’est l’inventeur qui fait rêver. Mais, parce que cela semble infaisable au départ, parce que toute création requiert acharnement et expériences à répétitions, le réalisateur choisit de dépeindre le Doc comme un personnage aux cheveux ébouriffés, et plongé dans une bulle qui le laisse incompris d’une majorité de ses contemporains.

Les « fake » ingénieurs : tous mégalos ? …

Bien avant Retour vers le futur, le cinéma, la littérature ou la bande dessinée ont trouvé dans la figure de l’ingénieur et du scientifique en général la matière pour faire fructifier leur imagination. Le portrait dépeint par les auteurs évolue en fait avec l’époque et l’interprétation que se sont faites les sociétés du progrès.

L’un des traits du savant les plus repris par les écrivains et scénaristes est sans doute celui de la toute puissance. Ainsi nombre d’ingénieurs de fiction se trouvent incarnés par les méchants de l’histoire, des mégalomanes dont le sentiment de supériorité les conduit à inventer pour détruire. Ces personnages traduisent en fait l’angoisse exprimée par les citoyens ou penseurs devant le progrès scientifique, face aux dangers potentiels de création d’armes de plus en plus sophistiquées par exemple.

Dès 1869, avec Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne plonge ses lecteurs dans l’univers ingénieux mais sombre du Capitaine Némo. Ingénieur de génie, ce dernier a conçu le Nautilus, un sous-marin hautement technologique, pour explorer les secrets des fonds marins mais aussi comme arme de représailles contre les navires anglais.

Tout aussi misanthrope et mégalomane, Rotwang, génie maléfique du film Metropolis de Fritz Lang traduit, lui, la peur de la mécanisation du travail et des villes. Une crainte d’ailleurs renaissante aujourd’hui à l’ère des robots humanoïdes et de l’intelligence artificielle. Dans le chef d’œuvre de 1927, le réalisateur décrit un ingénieur créateur de machines qui dessinent le visage noir sans nature de la ville de Metropolis. On y aperçoit aussi l’un des premiers robots de l’histoire du cinéma : celui créé par Rotwang pour recréer sa femme décédée, Hel.

De la même manière, la série de films d’animation Moi, moche et méchant mettent en scène Gru, méchant professionnel et son partenaire inventeur le Docteur Nefario. Tous deux rivalisent d’ingéniosité pour voler la lune. Mais ici la mégalomanie des personnages ne tient pas face à Margo, Édith et Agnès, irrésistibles petites filles entrées dans la vie de Gru.

…Ou super-héros des temps modernes ?

Tous les ingénieurs de fiction ne caractérisent pas la crainte ou le danger. Le professeur Tournesol, personnage débonnaire et savant des Aventures de Tintin en est la preuve. Il incarne une science étonnante et qui rend service. Il construit par exemple un prototype de sous-marin explorateur en forme de requin ou une fusée pour aider Tintin à résoudre ses enquêtes.

L’univers de Marvel, par ailleurs, fait aussi une large place aux visionnaires héroïques et bienfaisants. Personnage emblématique de Comics avant de devenir le fer de lance des Avengers au cinéma, Tony Stark ne devient le super-héro Iron Man que grâce à ses multiples compétences scientifiques. L’armure qu’il s’est constituée est ainsi dotée d’une incroyable résistance, d’armes et capteurs révolutionnaires et peut voler jusqu’à Mach 8.

Dans les divers albums qui lui sont consacrés, on apprend ainsi qu’il a été diplômé à 17 ans du Massachussets Institute of technology (MIT) et qu’il a ensuite développé des connaissances allant de l’intelligence artificielle à la mécanique quantique, en passant par le génie électrique ou la science des matériaux.

D’autres figures stars du monde de Marvel consacrent cette vision du scientifique et ingénieur, révolutionnaire et savant, mais aussi bricoleur et pragmatique. C’est le cas de Red Richards, de Hank Pym ou de Bruce Banner par exemple.

Le premier aussi connu sous le nom de Mr Fantastique est décrit comme un théoricien visionnaire et un inventeur de génie. Il a ainsi mis au point des technologies dans les domaines du voyage dans le temps, de la robotique ou de l’holographie. Il est aussi à l’origine d’engins et de matières utilisées par les 4 Fantastiques. Comme les costumes en molécules instables qui étendent ses pouvoirs élastiques et ceux de la Femme invisible.

Le docteur Hank Pym, lui, devient un super-héros grâce à son invention – les particules de Pym – permettant de réduire la taille d’un homme ou d’un objet. Il incarne alors Ant-man. Et son personnage est également décrit comme un chimiste et expert en intelligence artificielle. Il a par exemple créé Ultron, un robot intelligent.

Quant à Bruce Banner, alias Hulk, il est présenté comme un brillant physicien nucléaire, inventeur d’une nouvelle bombe pour les Etats-Unis, la bombe G, basée sur des rayons gamma. Une invention dont il fait lui-même les frais et qu’il refuse finalement de transmettre en raison de son danger. Même lors de ses épisodes de transformation en Titan vert, il s’allie aux Avengers pour lutter contre les ennemis en tous genre et protéger les populations.

De la fiction à la réalité

Ces représentations mixtes mêlant ingénieurs de génie et super-héros donnent aussi à voir des individus dotés d’un grand sens éthique. Ils sont la plupart du temps opposés à leurs pendants malfaisants. Hulk a lui seul est considéré comme une adaptation moderne de Docteur Jeckyll et Mr Hyde de Robert Louis Stevenson.

Ils dressent tous le portrait d’individus hautement qualifiés et ingénieux, et donnent à réfléchir, de manière plus ou moins sérieuse, au rôle et à la responsabilité des ingénieurs inventeurs.

Mégalos ou altruistes, méchants ou gentils, les ingénieurs de fictions sont tous associés au futur, à la résolution de problématiques complexes, à la recherche acharnée et à l’expérimentation. Ils ont tous aussi en commun de détenir un savoir qui selon son utilisation peut servir un avenir meilleur ou nuire aux autres. Malgré leurs traits caricaturaux, leurs compétences surdimensionnées ou les univers incroyables dans lesquels ils évoluent, ils traduisent finalement une part de vérité sur les défis posés aux ingénieurs et les ressources qu’ils mobilisent pour les relever.

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