Les ingénieurs, éternels apprentis ?

Les ingénieurs, éternels apprentis ?

18 juillet 2019
ingénierie innovation
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Des locomotives à vapeur aux TGV à hydrogène, des calculs manuels aux supercalculateurs, de la vision unidimensionnelle de chantier à la réalité augmentée, les objets conçus par les ingénieurs et les méthodologies employées pour évoluent en permanence. Bousculés par la science, pressés par la transformation digitale, les métiers de l’ingénierie ne s’opèrent donc pas avec des compétences et un état d’esprit figés le temps d’une carrière. L’Histoire, et notre époque disruptive en particulier, le démontrent : l’ingénierie c’est un art d’apprendre et d’inventer en continu. Illustrations.

« Le métier d’ingénieur a plus que jamais dans son ADN le plaisir de découvrir de nouvelles méthodes de travail, de nouveaux champs de création et d’application, au regard de ses spécialités », entonne Christophe Fournier, Directeur commercial Cycle chez Assystem, et ingénieur en Génie civil industriel. « Fondamentalement, le but de l’ingénieur est toujours de faire mieux », confirme Ludovic Noël, Directeur opérationnel de l’entité Connect d’Assystem.

C’est donc une évidence, un condensé de curiosité, de créativité et de progrès coule dans les veines des ingénieurs. Et cela vaut mieux. Pour exercer leurs talents et satisfaire les exigences d’une époque, d’un contexte ou d’une industrie, il leur faudra compléter et adapter leurs compétences et leurs méthodologies.

« Prenons l’exemple des installations nucléaires. Au sortir de la seconde guerre mondiale, on ne s’inquiète absolument pas de la période à laquelle on va devoir démonter les centrales construites dans le cadre du programme décidé par le Général De Gaulle. On veut aller vite et bâtir l’indépendance énergétique du pays, rappelle Christophe Fournier. Aujourd’hui lorsqu’on conçoit une installation nucléaire, on doit aussi élaborer le manuel de déconstruction. C’est une évolution fondamentale des métiers de l’ingénierie nucléaire. Ici, elle n’a pas été provoquée par une technologie en particulier, mais par l’expérience et des attentes sociétales ».

Le digital ou l’ubérisation de l’ingénierie

Tous les secteurs d’opération de l’ingénierie ont traversé et traversent des périodes d’adaptation déterminantes. Et la transformation digitale, initiée dans les années 1980 et globalisée depuis 20 ans, ne fait qu’accélérer les besoins d’apprentissage et d’adaptation constants des ingénieurs.

« J’ai vécu cela dans l’automobile. Le secteur a divisé quasiment par deux le temps de développement d’une voiture grâce aux apports du numérique, témoigne Ludovic Noël. Cela a évidemment nécessité de s’adapter à une autre façon de travailler. D’abord il a fallu apprendre les outils : là où vous dessiniez en deux dimensions chacun sur son ordinateur, vous dessinez aujourd’hui tous sur un unique modèle 3D en mode collaboratif. Ce n’est pas tout à fait pareil ».

Le même mouvement se produit pour la conception de bâtiments et l’utilisation de la maquette numérique (BIM). Il s’agit donc de prendre en main de nouveaux outils, ou, a minima, d’en appréhender les champs d’application. Mais cela s’accompagne aussi d’un changement d’approche d’un projet et d’évolutions dans les manières de travailler.

Le tournant digital va même, plus que d’autres transformations des temps modernes, se traduire par la disparition de tâches incombant jusqu’alors à l’ingénieur et la création de nouveaux métiers de l’ingénierie. La datascience en est l’illustration parfaite.

« Aujourd’hui, on passe encore un temps fou à la recherche documentaire. On se demande par exemple quel type de béton a été utilisé dans tel voile de tel ouvrage. Cela demande d’ouvrir les plans, de chercher… de passer du temps. Avec la datascience, il suffira, à l’instar de Google, de demander « quel est le béton constitutif du voile V33 ? » et automatiquement l’intelligence artificielle qui aura pris connaissance de l’ensemble du référentiel documentaire répondra instantanément », relève Christophe Fournier.

Et pour lui, cet exemple est la preuve que « l’ubérisation existe à tous les niveaux dans l’ingénierie ». Cette ubérisation est d’ailleurs souvent le fruit des ingénieurs eux-mêmes dont, on le rappelle, le but est de toujours faire mieux. Mais attention, insiste Christophe Fournier, « cela nécessite d’adopter une posture du changement perpétuel et l’ouverture d’esprit qui va avec. L’ingénieur à la papa, appuyant son autorité sur des savoirs ancestraux et assis derrière son bureau à faire un calcul de poutre sur trois appuis, c’est fini déjà depuis de longues années ».

Devenez auto-apprenants

Faudra-t-il pour autant connaître chaque innovation technologique et utiliser parfaitement chacun des logiciels de conception qui remplaceront les précédents ? Non.

« L’ingénieur ne vit pas des ruptures à la chaîne. Les évolutions techniques et digitales ne se font pas du jour au lendemain. Mais il faut être attentif à ces changements et s’y ouvrir, rassure Ludovic Noël. Néanmoins, le digital, c’est vrai, accélère les processus et fait que les objets que l’on façonne deviennent plus rapidement obsolètes. Il est donc nécessaire de prendre en compte cette donne lorsqu’on conçoit, et ce quel que soit notre secteur de prédilection ».

Comment alors rester compétitif dans son domaine ? Rester à la page tout en apprenant à manier nouveaux outils et nouvelles méthodologies ? « De plus en plus les ingénieurs de demain vont être obligés de s’auto-former, d’entretenir leur culture d’ingénieur par eux-mêmes », estime encore Ludovic Noël.

Car ici encore l’ère numérique, la rapidité des partages du savoir et les nouveaux usages ne permettent plus d’envisager la formation comme hier. Des sessions de formation en salle plénière, organisées pendant une semaine tous les cinq ou dix ans, semblent obsolètes. « D’ailleurs les formats et supports de formation se diversifient déjà et surtout s’actualisent quasiment en temps réel ». On parle de e-formations, de MOOC, ou encore de partage entre pairs via les réseaux sociaux.

« La conception même des outils intègre l’apprentissage, constate Christophe Fournier. Aujourd’hui, personne ne vient vous apprendre à télécharger et à utiliser une application. L’ingénierie est aussi portée par cette simplicité : faire des choses complexes de manière simple et facile à opérer ».

Les moyens et la manière d’apprendre en continu ne doivent donc pas inquiéter les ingénieurs. « En ce sens, l’expression de formation continue est un peu vieillotte, note Christophe Fournier. Il faudrait inventer un nouveau concept qui englobe la notion d’adaptabilité et celle d’intuitivité ».

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Christophe Fournier

Directeur Commercial Cycle Nucléaire Assystem

Ludovic Noël

Directeur de Projet Assystem Connect Assystem

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