Les outils numériques qui changent le métier de l’ingénieur

Les outils numériques qui changent le métier de l'ingénieur

21 avril 2019
ingénierie Ingénieur Nucléaire TransformationDigitale
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Sur les premières centrales construites à partir du milieu du XXème siècle, comme sur les sites nucléaires en construction dans le monde, la révolution digitale a aussi eu un impact sur les ingénieurs et les opérations qu’ils exécutent. Grâce au BIM et au PLM, l’ingénierie nucléaire s’est dotée d’outils de visualisation, de suivi, de contrôle et d’exploitation des données permettant de réduire les coûts des projets et d’accroître la performance des centrales et de leurs installations sur tout leur cycle de vie. Christophe Fournier, Directeur du Cycle Nucléaire et Arthur Margarit, Coordinateur Technique chez Assystem, font le point sur ces outils numérique qui changent le métier de l’ingénierie.

Aujourd’hui, lorsqu’on parle de nucléaire, on considère trop souvent ce secteur comme une industrie du passé. Une image négative mais aussi fausse. L’industrie nucléaire, au contraire, est une industrie agile et en perpétuelle évolution. En effet le nucléaire est nourri par les innovations digitales.

Voir pour prévoir

La digitalisation engage un véritable changement de paradigme pour les ingénieurs opérant sur des sites nucléaires, depuis la conception de centrales jusqu’à leur démantèlement en passant par leur exploitation. Si la technologie BIM (Building Information Modeling) a d’abord fait ses preuves dans le secteur des infrastructures hors nucléaire, elle fait aujourd’hui partie des outils à la disposition des ingénieurs pour repenser tout le cycle de vie des installations nucléaires.

« Avec l’utilisation de la technologie BIM, on change de paradigme. Grosso modo, on est passé d’un travail sur papier à une vision 2D puis enfin à une vision trois dimensions et à une maquette dynamique évoluant au gré des données qu’on y implémente. Cela a changé nos méthodes de travail de façon spectaculaire ! » explique Christophe, l’agitateur digital de son entreprise.

Le BIM permet une intégration spatiale précise et crée finalement une modélisation très pratique à bien des égards. L’utilisation de cette technologie permet d’accéder à des zones sans avoir à s’y déplacer par exemple.

« Dès la phase de chantier, l’outil BIM va permettre de plugger des logiciels à la maquette. Une société comme Oreka, qui a récemment intégrée le giron d’EDF, par exemple, peut intégrer un outil de calcul de la radioactivité de certains éléments pour connaître à l’avance, en se déplaçant virtuellement sur la maquette, les débits de dose auxquels va s’exposer un opérateur lorsqu’il se positionnera à tel endroit » souligne l’expert.

En termes d’interopérabilité, le BIM est donc une source de gains considérables. Et son intérêt se confirme jusque dans les phases de démantèlement. Car, maquette à l’appui, les ingénieurs vont être capables d’établir rapidement les meilleurs scénarios en termes de timing et de sécurité.

En réalité, avec le BIM, les ingénieurs et les exploitants vont disposer d’un véritable avatar numérique d’une installation nucléaire, une vraie révolution qui permet d’avoir une vision précise des ouvrages et des zones non accessibles une fois installées. Ce qui n’était pas assuré sur la base de seuls plans.

Bien sûr dans un secteur aussi règlementé, les innovations mettent du temps à s’imposer et doivent faire la preuve des bénéfices qu’elles apportent. Mais aujourd’hui, certaines entreprises d’ingénierie, riches d’une forte expérience technique, peuvent porter l’étiquette d’Ingénierie digitale auprès des acteurs du nucléaire puisqu’elles sont capables d’utiliser les nouveaux outils comme le BIM et ses fonctionnalités, tels la planification 4D, la synthèse technique, le costing ou la rétroconception basée sur le scanning d’installations existantes.

Données valorisées = Exploitation améliorée

D’ailleurs cette étiquette « ingénierie digitale » ne s’arrête pas au BIM. Autre outil, issu cette fois du secteur des produits (aéronautique et automobile en particulier), le PLM pour Plant Lifecycle Management, est une plateforme digitale permettant de gérer le cycle de vie d’une installation. Aussi, durant la phase de conception d’une installation, est-il utilisé par l’ensemble des acteurs d’un projet pour transmettre leurs données, de manière fiable, sécurisée, assurant d’avoir à disposition les dernières données à jour.

« Pour qu’un PLM soit efficace, il devra intégrer l’ensemble des acteurs car les données qu’il contient sont utilisées par toutes les parties prenantes des projets, concepteurs, fournisseurs, constructeurs et exploitants » explique Arthur, responsable technique.

En résumé, tandis que le BIM donnera une vision spatiale de l’installation, le PLM sera sa base de données techniques. Températures de fonctionnement, puissances électriques, toutes les informations techniques des installations y seront stockées, tenues à jour et mises à disposition tout en respectant les exigences de confidentialité des données.

Selon Arthur, « les ingénieurs ayant la connaissance et l’expérience des problématiques d’ingénierie qui se posent sur un site nucléaire, ont tout intérêt à travailler avec ces deux innovations numériques de manière convergente ».

De plus, à côté de ces solutions opérationnelles aujourd’hui, de nouvelles tendances émergent, pour répondre à certains besoins spécifiques, comme les instruments de réalité augmentée, de réalité virtuelle, d’analyse de données ou de maintenance prédictive.

Finalement, ce qu’il faut retenir ici c’est que l’outillage digital contribue à valoriser les données d’installations nucléaires. Des données qu’il importe de protéger. C’est aussi pourquoi le monde de l’ingénierie, se dote de solutions sécurisées de communication et d’échange de données. Pour assurer la confidentialité de données et maquettes, les ingénieurs utilisent des moyens de sécurisation, comme par exemple les technologies de cryptage.

Être très innovant sur le plan digital est donc nécessaire pour les ingénieurs d’aujourd’hui et de demain, et dans le secteur nucléaire aussi, sans que cela n’impute la rigueur et la sûreté qu’imposent les secteurs d’activité pour lesquels ils travaillent au quotidien.

S’ouvrir et partager

Cette évolution change peu les compétences de l’ingénieur mais elle modifie davantage sa manière d’interagir et d’opérer au quotidien.

« Le vrai challenge qu’impose le digital appliqué à l’ingénierie c’est celui de savoir s’ouvrir à de nouvelles méthodologies » affirme Christophe.

« Pour créer une émulation autour des innovations digitales et en permettre la diffusion, il faut s’assurer qu’elles soient bien comprises, concrètement utiles aux activités des ingénieurs, et bien sûr partagées entre pairs. Il faut accompagner les gens dans cette transformation » complète Arthur.

En réalité, les outils numériques demandent aux ingénieurs d’être ingénieux, d’imaginer leur intégration pour maximiser leur potentiel, sans jamais perdre de vue l’efficience et la sécurité qui sont au cœur de leurs missions.

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Arthur Margarit

Coordinateur Technique Assystem

Christophe Fournier

Directeur Commercial Cycle Nucléaire Assystem

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