Histoires des projets les plus fous de tous les temps

Histoires des projets les plus fous de tous les temps

20 avril 2018
histoire ingénierie innovation
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Vingt-mille lieues sous les mers

L’idée d’une embarcation permettant de naviguer sous la surface de l’eau a traversé les siècles. Dès l’Antiquité, le monde sous-marin excite les passions : exploration scientifique ou arme militaire, de nombreux ingénieurs se sont penchés sur la question. Les premiers modèles imaginés sont primitifs et ressemblent à des bateaux retournés. Pendant longtemps, les sous-marins ont repris le principe de la cloche de plongée : on profite de la bulle d’air emprisonnée par une coque étanche, et on se déplace tiré par un autre bateau ou encore à pied, sur le fond de l’eau.
Si l’on connaît Léonard de Vinci pour ses peintures, ses recherches sur le corps humain ou encore ses engins volants, nombreux ignorent son intérêt pour la navigation sous-marine. Pourtant, à l’orée du seizième siècle, ce génie universel conçoit une machine de guerre capable de se déplacer sous la surface de l’eau, permettant de surprendre ses ennemies et de les attaquer sans être vu…

Cette machine – irréalisable selon certains – sera abandonnée avant d’être reprise en 1472 par le vénitien Roberto Valturio puis en 1518 par le mathématicien anglais William Bourne. La première plongée d’un sous-marin est finalement réalisée en 1624. Le scientifique hollandais Cornelis Drebbel, en réponse à une commande du roi Jacques Ier d’Angleterre, réalise et teste avec succès une embarcation semi-submersible, apparentées au concept de cloche de plongée.

Tout au long de sa vie d’inventeur, les idées visionnaires de Léonard de Vinci se heurtent au scepticisme de ses contemporains. Pourtant, nombres d’entre elles seront finalement réalisées des années plus tard, favorisées par les progrès techniques et l’invention de matériaux plus légers et plus résistants. Au-delà du sous-marin, on lui attribue ainsi l’idée originelle de l’automobile, du marteau mécanique, du scaphandre, de la pompe hydraulique, du canon à vapeur, du char d’assaut, de l’automobile, de la calculatrice, de l’hélicoptère, du parachute… et bien d’autres.

Comme un oiseau…

Tout comme l’exploration des abîmes sous-marines, voler dans les airs comme un oiseau à la manière d’Icare – la fin dramatique en moins – est un rêve qui fascine l’être humain. Les premières expérimentations des frères Montgolfier permettent à l’Homme de s’élever dans les airs à la fin du XVIIIe siècle. Le principe est simple (un ballon rempli d’air chaud soulève une nacelle) mais limité (le trajet de cet engin volant dépend de la seule force du vent).

Il faudra attendre Orville et Wilbur Wright pour réaliser le premier vol contrôlé d’un « plus lourd que l’air », un engin motorisé capable de décoller et de voler par ses propres moyens. Ces deux frères américains sont généralement reconnus comme des pionniers de l’aviation. Pourtant, en décembre 1903, lors de leur premier vol à bord d’un avion à moteur de 12 chevaux, leur exploit est traité de « canular » par le très sérieux “Scientific American Magazine”.

À l’aube du XXe siècle, les inventeurs du monde entier tentent de dépasser la barrière aérienne. Grâce à l’argent gagné à travers la Wright Cycle Company, un petit atelier de réparation et de location de vélos qu’ils ont créé, les deux frères se lancent dans la course. Ils mettent tout d’abord au point un petit planeur, afin de maîtriser l’effet du vent sur la voilure. Une fois leur planeur stabilisé (notamment grâce à l’ajout d’une queue verticale et d’un gouvernail), les frères Wright se lancent dans la construction d’un petit moteur de 12 chevaux sans carburateur capable d’entraîner deux hélices. Après de nombreux réglages et essais infructueux, celui-ci finit par faire décoler l’avion : Orville Wright vole sur 284 mètres pendant 59 secondes. Dans l’indifférence générale, les frères Wright réaliseront une nouvelle série d’essais entre 1904 et 1905, réussissant à voler chaque fois un peu plus loin et un peu plus longtemps. Ils seront enfin reconnus en Europe, où la « course à l’air » fait rage, avec Alberto Santos-Dumont, Henri Farman, Gabriel et Charles Voisin et bientôt Louis Blériot.

Une tour de Babel

C’est ainsi qu’est surnommé le projet monumental initialement imaginé par Émile Nouguier et Maurice Koechlin, deux ingénieurs de l’entreprise Eiffel. Entrepreneur à succès (il a notamment construit le viaduc Maria-Pia au Portugal et conçu l’armature de fer de la statue de la Liberté de New-York), Gustave Eiffel s’approprie le projet, rachète le brevet déposé par ses collaborateurs et essaie de trouver acheteur. Il propose tout d’abord « sa » tour au maire de Barcelone, accueillant l’Exposition universelle de 1888, mais celui-ci juge le projet « peu réaliste et surtout beaucoup trop onéreux ».
Qu’à cela ne tienne ! À l’occasion du centenaire de la révolution française, la France organise une grande exposition universelle. La ville de Paris organise un concours ayant pour but la construction d’une tour métallique de 300 mètres de haut au cœur de Paris, sur le champ de Mars. Sur une centaine de projets présentés à l’Hôtel-de-Ville, nombreux seront refusés car irréalisables ou insuffisamment étudiés. Finalement, la « Tour de M. Eiffel » sera jugée comme étant « un chef d’œuvre de l’industrie métallique » et grande gagnante du concours. La construction peut démarrer.
Dès le premier coup de pioche, cet emblème mondialement connu de Paris sera accueilli par le scepticisme et les critiques de ses contemporains. Structurellement défectueuse pour certains, « tâche laide au milieu de Paris » pour d’autres, le critique d’Art Karl Huysmans compare la tour Eiffel a « un tuyau d’usine en construction, une carcasse qui attend d’être remplie par des pierres de taille ou de briques ». Nombreux artistes de l’époque s’insurgent contre le projet : entre autres, Charles Gounod, Victorien Sardou, Alexandre Dumas fils, François Coppée, Sully Prudhomme, Leconte de Lisle ou encore Guy de Maupassant signent une « Protestation des artistes » pour tenter de s’opposer à la Tour de Gustave Eiffel. Ils exprimeront par la suite leur regret d’avoir accordé leur signature à cette protestation. Inaugurée le 31 mars 1889, la tour Eiffel rencontre un grand succès : elle reçoit en 6 mois quelques 2 millions de visiteurs.
Destinée à être détruite 20 ans plus tard, Gustave Eiffel s’efforce de trouver une utilité à sa tour. Il fait installer un laboratoire météo à son sommet puis, quelques années plus tard, un émetteur de TSF. C’est finalement l’avènement de l’aviation et l’intérêt stratégique que lui portent les militaires français qui la sauve définitivement du démantèlement qui la menaçait.

À la conquête de l’espace

Serial-entrepreneur de génie, visionnaire hors norme et désormais 21e fortune américaine, Elon Musk a pourtant failli tout perdre en mettant en jeu sa fortune personnelle pour sauver Tesla Motors et en faire le constructeur automobile du futur.
Cofondateur de Zip2, un des principaux dirigeants de X.com (devenu Paypal après sa fusion avec Confinity), PDG de SpaceX et Tesla, fondateur de The Boring Company (une société de construction de tunnel) et de l’association OpenAI (dont l’objectif est de promouvoir et développer une intelligence artificielle open-source bénéficiant à l’humanité), les centres d’intérêt de cet entrepreneur d’origine sud-africaine sont variés et sans limite. Parmi ses idées les plus audacieuses, Elon Musk se passionne pour le spatial civil. Son objectif : réduire les coûts et améliorer la fiabilité de l’accès à l’espace. Alors que SpaceX n’en est qu’à ses balbutiements, il annonce l’envoi d’une première fusée vide sur la planète Mars dès 2018 puis d’un équipage d’ici 2024, et prévoit d’entamer son projet de colonisation de la planète rouge avec l’envoi de quelques 80 000 terriens d’ici 2040. Un planning ambitieux.
Les premiers échecs semblent donner raison à ses détracteurs. Pourtant, en 2015, la société américaine réussit l’exploit de faire atterrir le premier étage de sa fusée Falcon 9 sur la terre ferme en Floride – premier pas pour une activité spatiale « abordable ». Et au premier trimestre 2018, lors du 50e tir de la fusée Falcon 9, elle met en orbite un satellite de télécommunication de la société espagnole Hispasat. Quant à la planète Mars, les paris sont ouverts…

Un pour tous ou tous pour tous ?

Le principe de « banque » ne date pas d’hier ! En 2000 avant J.C., en Mésopotamie, certains commerçants reçoivent des dépôts et octroient des crédits (c’est le principe de prêt sur gage, basé sur des biens précieux). Puis avec l’apparition de l’argent frappé, l’activité de changeur de monnaie se développe en parallèle de l’essor du commerce international. Les banques à proprement parler apparaissent au XVe siècle, grâce à deux innovations introduites par les banquiers lombards : le compte à vue et la lettre de crédit. Ces premières banques sont familiales (les Médicis en Italie ou les Fugger en Allemagne), et participent grandement à l’essor du capitalisme occidental. Le secteur bancaire continue à évoluer et à se structurer, sans réussir à sécuriser complètement le système.

Dans les années 1980, la publication du Dr. David Chaum Security without Identification: Transaction Systems to Make Big Brother Obsolete pose les principes de base des cryptomonnaies, s’affranchissant d’un contrôle général au profit d’un système de validation décentralisé, détenu par ses utilisateurs. De nombreuses tentatives infructueuses de création de monnaies virtuelles suivront, les plus notables étant la « b-money » de Wei Dai en 1998 et le « bit-gold » de Nick Szabo en 2005. Il faudra attendre l’invention du Bitcoin pour voir les cryptomonnaies se démocratiser. En 2008, sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto, un développeur (ou groupe de développeurs, le mystère reste entier) publie un article intitulé Bitcoin A Peer-to-Peer Electronic Cash System. Celui-ci détaille les méthodes pour utiliser un réseau peer-to-peer afin de générer un système de sécurisation des transactions électroniques. Chaque bitcoin (appelé « bloc ») créé, vendu ou échangé est vérifié par des agents mettant à contribution leur puissance de calcul informatique (contre rémunération) afin de sécuriser et d’inscrire les transactions dans un registre virtuel : la « blockchain ». Chaque bloc contient un pointeur vers le bloc précédent, une date certifiée et les informations de la transaction. Les blockchains ne peuvent être modifiées de manière rétroactive sans altérer tous les blocs liés, ce qui nécessiterait l’accord de la majorité du réseau.

La blockchain est LA véritable innovation introduite par le bitcoin, réutilisée par de nombreuses cryptomonnaies depuis, mais non réservée aux seules transactions financières. Des industriels de tout domaine s’intéressent à cette technologie de transmission de données, dont le potentiel pourrait bouleverser leur métier. Le secteur de l’énergie est sans doute le plus avancé. À New-York, la coopérative TransActive Grid a développé un système d’échange d’énergie solaire entre les habitants d’une rue basée sur la blockchain Ethereum. Dans la santé, la blockchain pourrait certifier l’authenticité des médicaments, ou encore dans le transport, permettre à des voitures intelligentes d’opter pour un trajet moins emprunter pour diminuer les bouchons. Certains spécialistes la qualifient même de quatrième révolution industrielle. Pourtant, la pénétration des cryptomonnaies dans la population mondiale concerne moins d’une personne sur mille. Alors le bitcoin, innovation visionnaire ou passagère ?

Dans les arts comme dans les sciences, les véritables innovateurs qui bousculent le statu quo sont rarement reconnus et récompensés de leur vivant. L’Histoire leur donnera raison – ou pas. Mais la poursuite de la reconnaissance ne peut être le seul leitmotiv de ces génies visionnaires, sous peine de limiter le champ de leurs possibles.

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