Noyau Dur

Noyau Dur

2 octobre 2018
Nucléaire sécurité surêté
Lire l'article

L’aventure d’Assystem a commencé avec le nucléaire. Nous avons fêté les cinquante ans de la société l’année dernière. Il y a cinquante ans se construisait le parc électronucléaire français ainsi que les usines en support de ce parc, pour la fabrication du combustible et le retraitement des matières nucléaires. À ce moment-là, Assystem s’est beaucoup développée, partie de rien jusqu’à occuper la place qu’elle occupe aujourd’hui sur la mise en service d’installations complexes. Complexes par nature, mais aussi car soumises à de fortes exigences de sûreté.

Cette autorité vise à informer le public, parce qu’en matière de nucléaire, il y a un besoin de transparence évident. Il n’y a pas d’acceptation s’il n’y a pas de transparence.

La sûreté nucléaire est un ensemble de dispositions techniques, humaines et organisationnelles destinées à permettre le fonctionnement des installations en limitant les possibilités d’incidents ou d’accidents. Cela impose de toujours penser à limiter les effets de potentiels accidents ou incidents, dès la conception de l’installation et tout au long de son cycle de vie. Cela permet de préserver l’installation et surtout l’environnement, en commençant par les personnes qui travaillent sur ces sites. Les pays qui exploitent le nucléaire possèdent chacun une autorité de sûreté, qui contrôle les activités, instruit les dossiers des installations à bâtir, à modifier, à démanteler. Cette autorité vise à informer le public, parce qu’en matière de nucléaire, il y a un besoin de transparence évident. Il n’y a pas d’acceptation s’il n’y a pas de transparence. Cette autorité établit également des méthodologies à suivre. En France, c’est l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) qui s’occupe de tout cela. Elle est connue pour son pouvoir de sanction mais a avant tout un rôle de renforcement des bonnes pratiques.

Des équipes d’Assystem sont présentes tous les jours sur les sites nucléaires, manipulent des matières, conçoivent des systèmes, des installations, en modifient.

Les exploitants nucléaires, parmi lesquels EDF, le monde d’Areva, le CEA, ITER et le CERN, doivent rendre directement des comptes à l’ASN. Assystem est un acteur, un partenaire du nucléaire français. Il n’intervient pas en tant qu’exploitant du nucléaire, mais a d’importantes responsabilités. Des équipes d’Assystem sont présentes tous les jours sur les sites nucléaires, manipulent des matières, conçoivent des systèmes, des installations, en modifient. De sorte que la sécurité nucléaire (voir encadré), prise au sens large, se retrouve dans tous les projets d’Assystem.

L’industrie nucléaire est toujours à la recherche de ce que l’on peut appeler les « meilleures techniques disponibles ». C’est même une exigence de la loi. La difficulté qui se pose est qu’en matière de nucléaire, il est difficile d’être sans cesse dans l’innovation. Il faut l’être, bien sûr, mais tout en s’appuyant sur des techniques et des technologies éprouvées et qualifiées par l’expérience. Nous avons déjà, si nous les mettons bout à bout, plusieurs milliers d’années d’exploitation de sites nucléaires en France. C’est une expérience colossale. Le nucléaire est le domaine dans lequel nous mettons le plus en avant le développement de la culture de sûreté par l’exploitation du retour d’expérience. Ce n’est pas sur une innovation, un truc digital inventé il y a trois mois qu’il est possible de tout remettre en question ; une approche rigoureuse et prudente demeure la règle. On parle de culture de sûreté.

Ainsi, il est important d’être en veille, pour chercher les technologies les plus performantes et efficaces mais également prudent, garder un œil interrogateur sur ce qu’il se passe : ce n’est pas parce qu’un process a toujours été utilisé qu’il est le meilleur et à l’inverse, si quelque chose n’est pas tout à fait comme hier, cela peut être un indice. Le nucléaire laisse une grande place à l’attitude interrogative des intervenants. Du plus modeste opérateur sur le site jusqu’en haut de la chaîne, chacun se doit d’être solidaire dans cette culture de la sûreté. C’est la raison d’être de la direction de la maîtrise de la sûreté des risques nucléaires, c’est-à-dire mon job, créé il y a cinq ans chez Assystem.

Pour nous, il existait un besoin réel de développer ce secteur. Développer un métier, des méthodologies, mais aussi de la culture de sûreté. Nos activités consistent à de la conception sur des projets, en bureau d’études, en plateau ou en équipes projet. Nous sommes aussi impliqués dans la rénovation d’installations, dans des projets de démantèlement pour nos clients, qui sont de grands exploitants du nucléaire, en France et dans le monde. Nous sommes investis dans les opérations de maintenance, dès leur préparation.

Le besoin de sûreté et de sécurité dans le nucléaire est une évidence. Nous avons connu un certain nombre d’accidents dans l’histoire du nucléaire, parmi lesquels Tchernobyl et Fukushima. En France, nous n’avons pas connu d’accident grave, mais des incidents et des écarts. Chaque écart est suivi, et là nous ne parlons même pas d’accident, mais d’écart, par exemple quand on constate qu’un équipement qui aurait un rôle à jouer en situation d’accident est déficient. Ce suivi rigoureux des événements remonte jusqu’à l’autorité de sûreté nucléaire et tous les événements sont analysés. Dans un but de totale transparence, l’ASN elle-même publie ses rapports à destination du public.

Les ingénieurs œuvrent au cœur du système de sûreté nucléaire. Dans ce domaine, la sûreté nucléaire repose aussi sur des aspects ultra technologiques.

Pour Assystem, il était important de se doter d’une structure métier et de donner un support à nos collaborateurs en matière de sûreté nucléaire. Cette structure du métier de la sécurité nucléaire permet de développer des connaissances, d’en échanger, de partager sur ces fameux retours d’expérience, en un mot d’affermir la culture de la sûreté. Au fil du temps, nos clients sont devenus très exigeants en matière de sûreté et de sécurité. L’ingénierie a un rôle majeur à jouer dans la culture de la sûreté nucléaire. Les ingénieurs œuvrent au cœur du système de sûreté nucléaire. Cette dernière repose beaucoup sur des aspects ultra technologiques. Les exploitants qui vont rechercher des autorisations auprès de l’ASN sont dans l’obligation d’apporter la preuve, au sens mathématique du terme, que leurs installations présentent un risque maîtrisé et inférieur aux engagements initiaux, puisque la création d’une installation est soumis à une enquête publique.

A chaque étape, même si le risque est réduit au maximum, on envisage que les parades mises en place pour la réduction de ce risque ne fonctionnent pas. Cette prise en compte du « what if » a même un nom : c’est la « défense en profondeur ». L’ingénieur sûreté pense au pire, au contexte le plus défavorable. « J’ai beau postuler que tel dysfonctionnement ne se produira pas, je prends quand même des mesures préventives.  Tout cela est demandé par l’autorité de sûreté nucléaire. Dans l’activité d’ingénierie d’Assystem, le support et la démonstration de sûreté d’un site ou d’une installation sont très importants.

En matière de sûreté nucléaire, nous avons des méthodologies, des grilles d’analyse de risque, par exemple en ce qui concerne le risque d’incendie. Dans une installation donnée, nous savons faire une étude sur sa capacité de résistance et de bonne gestion en cas de sinistre.

Un autre aspect est majeur, surtout un enjeu dans les prochaines années pour des exploitants comme les grands électriciens, consiste dans la gestion patrimoniale de leur parc et la gestion de la durée de vie des installations. En France, cette durée n’est pas prédéterminée, mais réévaluée tous les 10 ans par l’ASN. Moyennant un certain nombre de mises à jour et d’améliorations, l’ASN autorise ou non l’exploitation pendant 10 années supplémentaires. Entre temps, si les engagements pris ne sont pas tenus, l’ASN peut à tout moment arrêter le fonctionnement d’une installation. Il existe un contrôle permanent. Clairement, Assystem a un rôle à jouer dans cette perspective.

Nous ne savons pas si c’est possible mais il faut l’imaginer. Pour avoir toujours un coup d’avance. En sécurité nucléaire, nous appelons cela de la défense en profondeur.

Ce qui est nouveau depuis Fukushima, c’est que la gestion des différents risques et sinistres (séismes, incendies, inondations) n’est plus segmentée. Le cumul de ces sinistres et agressions est pris en compte. L’inondation entraîne la perte d’alimentation électrique, des destructions qui elles-mêmes entraînent la perte de confinement … Prendre en charge des agressions multiples, c’est fondamental. Un séisme, par exemple, provoque des dégradations, des ruptures de barrage, des inondations ou des courts-circuits qui déclenchent des incendies. Nous ne connaissons pas tous les scénarios catastrophes. Par contre, nous connaissons très bien les agressions. Une digue sur le point de céder, des événements climatiques. Il faut aussi appréhender une défaillance cybernétique globale ou des attaques cyber malveillantes. Nous ne savons pas toujours comment c’est possible, mais il faut l’imaginer pour avoir toujours un coup d’avance. Là encore, il s’agit de défense en profondeur : si des individus mal intentionnés font intrusion, physiquement ou virtuellement, sur un site, comment traite-on cette menace ? Nous ne pouvons pas l’exclure, et même si nous pensons l’avoir exclu, nous nous interdisons de penser que nous l’avons fait !

Le digital et notamment la réalité virtuelle permettent de préparer des interventions dans des milieux dangereux, qualifier des équipements sans aucun risque.

Les technologies digitales vont apporter des changements considérables en matière de sécurité nucléaire. Ça a déjà commencé. Aujourd’hui, toutes les installations sont d’abord conçues numériquement, en trois dimensions, avec des paramètres supplémentaires permettant par exemple une prise en compte mathématique de risques radiologiques. Le digital et notamment la réalité virtuelle permettent de préparer des interventions dans des milieux dangereux, de qualifier des équipements sans prendre de risque. C’est tout l’usage de la maquette numérique. D’un autre côté, il existe des installations qui cumulent des années et des années d’exploitation, et nous avons besoin d’Intelligence Artificielle et de Big Data, pour l’extraction des données. Digital et statistique permettent de renforcer l’efficacité du retour d’expérience.

D’un autre point de vue, le digital apporte énormément en matière de soutien logistique intégré. Les exploitants nucléaires se doivent d’avoir un système de management qui prenne en compte tous les aspects de leur activité, et, parmi ces aspects, toutes les procédures et les interfaces en rapport avec la gestion des stocks, les composants de nouvelle ou d’ancienne génération, afin que tout cela soit bien intégré dans les procédures de maintenance. La gestion de configuration sur des installations complexes telles que les sites nucléaires est cruciale. Les renouvellements sont continus et les questions de compatibilité et de non régression sont fondamentales. C’est une activité que nous traitons de plus en plus pour les grands exploitants.

La sécurité nucléaire recouvre des notions assez larges, qui visent à assurer ce que l’on appelle la protection des intérêts.

Les installations nucléaires de base sont soumises au régime légal défini par les dispositions du présent chapitre et du chapitre VI du présent titre en raison des risques ou inconvénients qu’elles peuvent présenter pour la sécurité, la santé et la salubrité publiques ou la protection de la nature et de l’environnement. (code de l’environnement L593-1)

Les installations nucléaires de base sont : les réacteurs nucléaires, les installations de préparation, d’enrichissement, de fabrication, de traitement ou d’entreposage de combustibles nucléaires ou de traitement, d’entreposage ou de stockage de déchets radioactifs, les installations contenant des substances radioactives ou fissiles, les accélérateurs de particules, les centres de stockage en couche géologique profonde de déchets radioactifs. (code de l’environnement L593-2)

La sécurité nucléaire comprend la sûreté nucléaire, la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance, ainsi que les actions de sécurité civile en cas d’accident.

La sûreté nucléaire est l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu’au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets.

La radioprotection est la protection contre les rayonnements ionisants, c’est-à-dire l’ensemble des règles, des procédures et des moyens de prévention et de surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants produits sur les personnes, directement ou indirectement, y compris par les atteintes portées à l’environnement.

Partager :

Quelque chose à dire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Jean-François Bossu

Directeur sûreté nucléaire Assystem

Nos offres
#INCREDIBLENGINEERS

voir plus

PLUS D'ARTICLES

La NASA emmène le nucléaire dans l’Espace

La conquête de l’Espace est plus que jamais au centre de l’attention, avec des projets comme SpaceX ou The Stealth Space Company, mais qui de mieux que la NASA pour réaliser ce fantasme qui a traversé...

D’ailleurs, le nucléaire, ça vient d’où ?

En 2018, 10,3 % des besoins électriques du globe ont été assurés par l’énergie nucléaire. L’Agence Internationale de l’Energie prévoit un doublement de la consommation électrique mondiale d’ici 2050, ...

Les ingénieurs de 60 ans sont-ils has been ?

À 61 ans, Claude Bernard ne code pas et délaisse largement les réseaux sociaux. En revanche, il peut courir le marathon en 3h30, a déménagé 32 fois en 40 ans, et a accepté en 2018 une nouvelle expatri...

Les outils numériques qui changent le métier de l'ingénieur

Sur les premières centrales construites à partir du milieu du XXème siècle, comme sur les sites nucléaires en construction dans le monde, la révolution digitale a aussi eu un impact sur les ingénieurs...

Être femme dans le secteur du nucléaire

Les femmes, avenir de la filière nucléaire ? Spécialisée en gestion de projets, le parcours quelque peu atypique d’Anne-Sophie l’a menée à un poste des plus intéressants : travailler sur le premier pr...

Transition énergétique : des bons et des mauvais élèves ?

Qu’est-ce que la transition énergétique ? Quels sont les enjeux ? En plein essor depuis quelques années de plus en plus de pays ont amorcé une transition vers les énergies renouvelables et une r...

Small Modular Reactors : une nouvelle approche du nucléaire

Plus rapides à construire, moins encombrants, plus adaptables, les SMR sont une réponse au besoin d’énergie décarbonée de petite ou moyenne puissance dans des environnements parfois isolés. Fiabilité ...

Quelle place pour le nucléaire dans le mix énergétique d’ici 2040 ?

Transition énergétique : La lutte contre le changement climatique Les débats devant aboutir à l’établissement de la PPE battent leur plein. Les lobbys pro énergie nucléaire et anti-nucléaire s’agitent...

Nucléaire : une composante nécessaire pour un mix décarboné

Si des scénarios établis par Negawatt ou l’Ademe estiment possible de couvrir, d’ici 2050, 100% des besoins électriques de la France grâce aux énergies renouvelables, ils ne s’appuient pas sur des don...

Big Data Automation

Ce n’est un secret pour personne, la Data constitue le nerf de la guerre pour de plus en plus d’entreprises. Si cela apporte bon nombre de bénéfices à qui l’utilise bien, les contraintes vont de pair ...

L’Arabie Saoudite, terre de pétrole... et d’ingénieurs

En Arabie Saoudite, être ingénieur représente bien plus que toute autre profession. Avec le plan « Saudi Vision 2030 » visant à réduire la dépendance de l’Arabie Saoudite vis-à-vis du pétrole et...

Être ingénieure au pays du Corcovado

Au pays de la samba et de la caïpirinha, tout le monde est heureux… À l’image de bonhomie et d’insouciance véhiculée par les brésiliens s’oppose une réalité toute autre. Les dernières années de ...

Les ingénieurs, éternels apprentis ?

Des locomotives à vapeur aux TGV à hydrogène, des calculs manuels aux supercalculateurs, de la vision unidimensionnelle de chantier à la réalité augmentée, les objets conçus par les ingénieurs et les ...

La voiture électrique : un hic dans la transition énergétique ?

Fin 2018, seuls 200.000 véhicules électriques et hybrides rechargeables étaient immatriculées en France sur un parc automobile total d’environ 40 millions de véhicules. Mais les fortes croissances des...

Etre ingénieur au Royaume-Uni

Si proche de l’Europe et pourtant isolé par la mer, le Royaume-Uni a une approche très spécifique des affaires. Des différences culturelles les plus marquantes aux petits détails qui peuvent faire tou...

Tour du monde des innovations dans le ferroviaire

En attendant l’Hyperloop , le train à ultra-grande vitesse imaginé par l’entrepreneur sud-africain Elon Musk, les entreprises du secteur ferroviaire ne sont pas en reste dans la course à l’innovation....