Quand je serai grand(e), je serai ingénieur(e) !

Quand je serai grand(e), je serai ingénieur(e) !

31 octobre 2019
ingénierie Ingénieur
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La popularité et la fréquentation des écoles d’ingénieurs ne se dément pas d’année en année. Pourquoi ? Qui sont les ingénieurs ? Leur parcours ? Leur quotidien ? Nous avons rencontré trois d’entre eux pour connaître leur métier, leur histoire, et savoir ce qui les a motivés à entrer dans l’aventure de l’ingénierie.

« Quand j’étais jeune, je ne voulais pas spécifiquement être un ingénieur. J’étais surtout féru de sciences et je voulais appliquer des formules et observer les résultats. C’est sans doute la raison pour laquelle l’ingénierie m’apparaît beaucoup plus sous l’angle de la résolution de problèmes que sous l’angle de la création ex-nihilo », raconte Tom Goulding, ingénieur sénior en mécanique.

Meccano et sciences : les origines de l’ingénieur ?

À 28 ans, il se souvient avoir beaucoup joué au Meccano enfant et de son professeur de physique au lycée. « Il m’a inspiré et a donc guidé mes choix d’études et mon intérêt pour les sciences. Je n’ai pas eu de mentor à proprement parler, mais ma famille et ce professeur sont sans doute à l’origine de la carrière que j’ai entreprise ».

De son côté Eric Devingt, 61 ans, responsable des activités contrôle commande et informatique industrielle, se rappelle lui aussi avoir manipulé des heures durant des Meccano. « À l’époque j’aimais faire des maquettes et construire. Un goût auquel s’est ajouté plus tard celui de la technique. Et quand l’heure est venue de choisir mon école d’ingénieur, j’ai refusé d’intégrer des structures trop axées sur la recherche. J’avais besoin d’être dans l’application. J’ai donc opté pour l’INPG (INP-Phelma aujourd’hui) à Grenoble, et pour des études en électronique et radioélectricité. C’était en 1981 », explique-t-il.

À l’inverse, Benoît Blassel, 34 ans, directeur des opérations pour les activités réacteurs nucléaires chez Assystem, a d’abord voué une passion aux sciences fondamentales. Quant à sa perception de l’ingénieur, elle était assez floue. « J’avais une vision très romantique mais pas très contemporaine de l’ingénieur. Pour moi, ce qu’on appelait un ingénieur s’incarnait dans une personnalité comme Edison. C’était l’inventeur qui dessine un moteur d’avion sur sa table à tracer ! Je ne réalisais pas qu’au cœur des missions de l’ingénieur se trouvaient des études préalables, un minutieux et long travail de conception et la production d’une documentation précise. »

En entrant à l’École Polytechnique, il pensait donc se tourner vers la recherche, mais bifurque. « Je voulais m’engager dans une carrière plus dynamique, plus concrète, avec des enjeux économiques et sociétaux immédiats, avec une sorte d’esprit de conquête ». Pour son école d’application de 4ème année, il a donc choisi l’Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires (INSTN) et une formation en génie nucléaire.

Perfectionnistes ces ingénieurs ?

Aujourd’hui ingénieurs, et malgré leur différence générationnelle, tous évoquent les temps longs et la complexité technique des projets d’ingénierie. « Mes proches me disent assez souvent : au bout de 40 ans, nous n’avons toujours pas compris ce que tu faisais vraiment, mais ça a l’air sympa ! Et c’est vrai qu’on touche un peu à tout, confie avec humour Eric Devingt. Mais ce qui caractérise pour moi l’ingénierie au sens large c’est le fait d’étudier quelque chose avant de finalement construire un équipement ou une infrastructure. Que l’on construise des ponts, des routes, des calculateurs, des centrales nucléaires ou des systèmes de radiologie médicale, on retrouvera toujours une forte composante technique et la nécessité d’asseoir des fondations avant de poser chaque brique ».

« Il faut aimer résoudre des problèmes et avoir à cœur d’améliorer sans cesse les performances et la qualité des process et équipements », résume Tom Goulding.

Qu’on se le dise, l’ingénieur est donc un être persévérant ! Mais, , il doit aussi être convaincu par sa mission, ajoute Benoît Blassel. « En entrant dans l’industrie nucléaire, j’ai découvert le monde des grands projets d’infrastructures. Et ce qu’il faut savoir c’est qu’il faut beaucoup de temps entre le moment où on imagine un projet et sa réalisation concrète. Le début du travail sur la conception de ce qui deviendra l’EPR, par exemple, remonte à la fin des années 1980. C’est donc une industrie de conviction. Conviction que j’ai très vite eue quand j’ai constaté à quel point les réacteurs nucléaires faisaient partie des objets les plus complexes qu’on soit aujourd’hui capable de construire ! ».

Messages aux générations futures

De leurs parcours respectifs, de la France à l’Angleterre, on apprend que l’ingénieur est un professionnel à la fois minutieux et dans l’action, toujours conduit à se confronter et à solutionner des problématiques complexes.

Tous passionnés, ils invitent donc les générations futures à rejoindre leurs rangs. « Être attiré par la technique, la construction, les machines, c’est une chose. Mais lorsqu’on voit ce qu’on est capable de faire quand on partage ce genre d’appétences à plusieurs, alors il n’y a plus d’hésitations à avoir, assure Benoît Blassel. Le choc qu’on a le jour où l’on se retrouve confronté pour la première fois à un équipement de taille titanesque et dont la conception semblait presque insurmontable, je souhaite à tout le monde de le vivre ! ».

Cette intelligence collective, Tom Goulding la vante également. Et pour lui, « si pour améliorer la qualité d’un équipement, il faut de l’obstination, l’essentiel pour être ingénieur, c’est de pouvoir travailler en équipe ».

De son côté, Eric Devingt invite surtout les futurs ingénieurs à ne pas brûler les étapes d’une profession qui compte beaucoup de métiers : « On entend beaucoup de jeunes dire qu’ils veulent être chefs de projets. C’est bien. Mais derrière la fonction chef de projet il y a la notion de pilotage. Et avant de piloter, il faut faire ! Cela peut sembler un peu vieux jeu, mais je conseille aux ingénieurs de demain de faire, de se confronter à la conception et à sa technicité, de participer sur le terrain à la construction et aux essais d’une installation. Pour moi, cela constitue l’âme de l’ingénieur. C’est ce qui lui permettra aussi, ensuite, d’être un bon manager ».

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Eric Devingt

Directeur de l'entité Assystem Connect Assystem

Benoît Blassel

Directeur des opérations de l'entité Réacteurs Nucléaires Assystem

Tom Goulding

Ingénieur Mécanique Assystem

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