Sciences de la vie : l’ingénierie au féminin ?

Sciences de la vie : l’ingénierie au féminin ?

1 avril 2019
LifeSciences Mixité pharmaceutique santé SciencesDeLaVie
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Biologie, cosmétique, pharmacie, les sciences de la vie sont aussi un secteur industriel dans lequel opèrent nombre d’ingénieurs pour fabriquer, packager et contrôler la qualité des produits. Ici les femmes sont sans doute plus représentées que dans d’autres branches industrielles. Et les besoins d’ingénierie sont aussi très variés, comme le démontrent les témoignages de Marie Ballu et Laura Matonog qui occupent des métiers scientifiques. Si elles sont toutes deux ingénieures consultantes en Belgique, leur profil comme leurs expériences traduisent plus l’étendue des possibles offerts par le secteur que les freins qui subsistent en matière de mixité.

Femmes ingénieurs : leurs parcours

L’une de ces femmes ingénieures scientifiques, Marie Ballu, est agée de 30 ans et occupe le poste depuis plus de cinq ans comme ingénieure consultante dans l’usine d’un client chimico-pharmaceutique d’Assystem. « Je travaille en validation. Pour résumer mon travail, l’ingénieur installe la machine en production et moi je vérifie qu’elle réponde bien à nos attentes. Je m’intéresse pour cette mission aux étapes de packaging et au bon fonctionnement des équipements automatisés », confie-t-elle.

De son côté, Laura Matonog a 32 ans et multiplie depuis sept ans les missions liées au biomédical chez les prospects pharmaceutiques de BQG au départ, racheté par Assystem depuis un an et rebaptisé Assystem Care. « Depuis le début de l’année, je suis project manager pour la fabrication des lots de phase 3 d’un produit et sa mise sur le marché. Je suis en charge de la finalisation du process de fabrication, depuis l’identification d’un site de fabrication en externe jusqu’à la mise en production et la sortie des lots pour pouvoir traiter les patients », explique-t-elle.

Si toutes deux œuvrent actuellement en Belgique, leurs missions divergent donc. Leurs profils également. C’est après le bac, dans une filière scientifique que Marie Ballu a suivi une formation d’ingénieur d’un cycle de cinq ans d’études à l’École de Biologie Industrielle de Cergy-Pontoise et qui l’a conduit au poste qu’elle occupe actuellement.  « Contrairement à d’autres écoles d’ingénieurs, il y avait environ 70 % de femmes à l’EBI. Car ce qui a trait à la biologie attire davantage les profils féminins. Mais j’ai opté pour une spécialité un peu plus masculine, à savoir les procédés et la production. J’ai toujours eu un goût très prononcé pour les sciences et j’aimais beaucoup les calculs. Cela correspondait donc plus à ma personnalité et à mes envies que les spécialités marketing ou qualité », raconte encore Marie.

Son métier d’ingénieure et consultante en pharmacie Laura Matonog l’a appris lors de sa scolarité dans deux pays en obtenant un double diplôme: en France où elle a obtenu son doctorat et au Canada, diplomée en biologie médical. « Je suis en fait docteur en pharmacie. C’est mon diplôme français. Et je suis ingénieure en génie des procédés spécialisée en bio-pharmaceutique, et là c’est un diplôme canadien », précise-t-elle. Ses études scientifiques et son diplôme d’ingénieur en école supérieure lui facilitent son insertion professionnelle et lui ont permis de travailler à l’échelle internationale. Ils lui ont également donné l’opportunité d’exercer ses talents du côté de la stratégie marketing comme du côté industriel.

Comme Marie Ballu, elle souligne la grande proportion de femmes durant ses études. « En fac de pharma c’était 60 % d’étudiantes. Et au Canada, l’un des pays les plus égalitaire au monde, les effectifs sont bien répartis. Quant au corps professoral ou aux ingénieurs avec lesquels nous sommes conduits à interagir, ils ne font aucune différence. J’étais en génie des procédés et ils attendaient autant des hommes que des femmes », se souvient Laura.

La mixité au travail : quelle réalité au quotidien ?

La question de la mixité se pose davantage en matière de regard des hommes porté sur la femme ingénieure dans ce domaine et surtout dans une usine, estime Marie : « Au début de mon activité, mes amis garçons, qui travaillent plutôt dans le commerce et la finance, ont eu du mal à comprendre ce que je faisais et surtout pourquoi je le faisais. Pour eux, j’étais une femme ingénieure dans une usine, vérifiant des équipements à l’aide d’une clé à molette et d’un tournevis ! Et ce n’était pas du tout ce qu’ils considéraient être pour une femme. C’était un peu vieille école et surtout bien loin de mon job au quotidien. Je n’ai jamais touché de clé à molette dans mon travail ! Maintenant ils se sont habitués mais leur surprise et leur incompréhension de départ montrent en effet que certains stéréotypes ont la vie dure ».

Également dans son quotidien de travail, il n’est pas rare qu’elle entende quelques remarques déplacées ou à caractère sexiste. « J’évolue dans un milieu ouvrier et au contact de nombreux hommes. Donc la plupart du temps je ne relève pas. Je montre que cela ne m’atteint pas. Mais mettre des jupes ou se maquiller, c’est vouloir attirer l’attention. Après ce n’est pas méchant et cela ne m’empêche pas de me sentir épanouie. J’ai été élevée avec trois petits frères à la maison ! », poursuit Marie Ballu.

Dans sa réalité, Laura Matonog, elle, n’a jamais été confrontée à des commentaires un peu machistes, sexistes ou autres sous-entendus. Elle est même souvent amenée à travailler entourée de femmes en position décisionnaire. La seule chose, remarque-t-elle, « c’est de prendre garde à bien faire monter en compétences les femmes dans des rôles de managers » là où souvent encore les hommes sont choisis.

Quoiqu’il en soit les deux ingénieures consultantes estiment que les compétences d’ingénierie demandées par le secteur des sciences de la vie sont à la portée de tous notamment pour susciter des vocations d’ingénieures auprès des jeunes filles et favoriser une harmonie hommes -femmes plutôt qu’une opposition des deux sexes. « Je conseillerais surtout aux jeunes femmes qui débutent leur carrière de savoir se donner de la visibilité, d’oser mettre en avant leurs réussites. Sans oublier bien sûr d’être solides dans leurs connaissances, car l’industrie pharmaceutique, comme l’industrie nucléaire, est très normée et demande une grande rigueur », considère Laura Matonog.

« Finalement, au quotidien, on s’aperçoit que les femmes ont des compétences que les hommes n’ont pas et inversement. Et cet équilibre est justement très intéressant pour mener à bien un projet, avance Marie Ballu. Le fait qu’on ne réfléchisse pas de la même manière avec les mêmes angles de vue, les mêmes priorités ou autre, permet d’aboutir à une solution plus pertinente ou au moins à une discussion qui fasse vraiment avancer les choses ».

En tous cas, pour elle, opposer ingénieur et ingénieure ne sert la cause de personne. Et sa crainte est qu’en organisant des regroupements ou des événements entre femmes pour porter le combat de l’égalité des chances et de la mixité, on n’aboutisse qu’à exclure les hommes. « C’est vrai qu’ils sont censés redonner confiance aux femmes mais ne pas y convier les hommes c’est les empêcher de pouvoir vraiment comprendre comment on ressent les choses dans notre quotidien professionnel. Et c’est parfois laisser penser que les femmes seraient supérieures. Or les droits des femmes doivent être respectés, oui, mais tout comme l’égalité des Hommes ».

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Les femmes dans l'ingénierie

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Marie Ballu

Ingénieure Validation Assystem Care

Laura Matonog

Consultante Pharmaceutique Assystem Care

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