Transition énergétique : des bons et des mauvais élèves ?

Transition énergétique : des bons et des mauvais élèves ?

31 janvier 2019
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Qu’est-ce que la transition énergétique ? Quels sont les enjeux ?

En plein essor depuis quelques années de plus en plus de pays ont amorcé une transition vers les énergies renouvelables et une réduction de la consommation d’énergies fossiles dans les activités de l’homme tel que l’industrie, les transports, l’éclairage… Lorsqu’on parle de transition énergétique dans les médias, il est souvent difficile de distinguer le vrai du faux et de comprendre quelles actions ont véritablement un impact sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre. La Chine ou les États-Unis sont souvent considérés comme de mauvais élèves, tandis que l’Allemagne ou la France sont perçues comme plus vertueuses. Pourtant la situation est loin d’être aussi tranchée, d’autant que la transition énergétique ne repose pas seulement sur la politique nationale de développement des énergies dites renouvelables. Faisons le point.

Changer de cap énergétique en visant à terme à ne consommer qu’une énergie issue de sources décarbonées est un enjeu majeur, d’autant que, compte tenu de la croissance démographique mondiale, les besoins énergétiques vont continuer à croître de manière significative dans les trente prochaines années. C’est dans ce contexte que s’est développée la notion de transition énergétique, à laquelle la COP21 (conférence liée au réchauffement climatique et au déréglement climatique) a voulu donner une feuille de route mondiale, acceptable et acceptée.

Pourtant, les politiques et investissements mis en œuvre aujourd’hui par les différentes nations ne semblent ni suffisants ni inscrits dans une réelle dynamique globale ; les égoïsmes étatiques persistent et mettent en péril la réussite d’une trajectoire de transition énergétique mondiale intelligente, cohérente sur les plans climatique et économique.

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Commençons par la Chine. Pour asseoir sa croissance économique, et assurer l’amélioration du niveau de vie de sa population, la première puissance économique mondiale s’est jusqu’à présent largement appuyée sur le charbon, et elle continue à le faire en construisant de nouvelles centrales. Une situation qui ne semble pas placer la Chine parmi les bons élèves de la transition écologique.

Pourtant, dans le même temps, la Chine caracole en tête des investissements de la production d’énergies renouvelables. Elle possède ainsi plus de 135 GW de capacités solaires (sur un total mondial de 470 GW) et près de 180 GW de capacités éoliennes (sur un total mondial de 550 GW). De plus, elle développe un ambitieux programme de construction de réacteurs nucléaires, et l’EPR de Taishan est le premier réacteur au monde de ce type à avoir été mis en service, en décembre 2018.

Mais cet effort conséquent masque le fait que les émissions de CO2 et la consommation énergétique continuent de grimper en Chine. Elle a négocié lors de la COP21 non pas une décroissance de ses émissions de CO2 mais une modération de sa croissance. Pour soutenir sa croissance économique, et rendre plus respirables ses grandes agglomérations, elle assure une partie de ses besoins électriques nouveaux grâce à des moyens de production décarbonés, tout en continuant à développer l’usage du charbon. Son verdissement passe ainsi après la satisfaction de ses ambitions économiques et sociales.

Autre grande puissance émergente, l’Inde doit non seulement répondre aux attentes grandissantes de sa classe moyenne en matière de niveau de vie, mais aussi accompagner en termes énergétiques sa croissance démographique galopante. Malgré un plan solaire affirmé et un programme nucléaire ambitieux, son mix énergétique restera dominé par le charbon pour longtemps encore.

Si la Chine et l’Inde doivent donc combiner enjeux écologiques et enjeux de croissance, et si leurs choix sont donc d’abord guidés par leurs ambitions nationales, qu’en est-il en Europe ?

Avec l’abandon du nucléaire, l’Allemagne a été perçue (et l’est encore pour certains) comme une nation exemplaire de la transition énergétique. Mais le pays continue de faire fonctionner massivement des centrales à charbon et à en développer de nouvelles. L’éolien -terrestre et offshore- et le solaire n‘assurent que 22 % de la production d’électricité, et ont déjà provoqué une augmentation très importante du prix du kilowattheure pour les particuliers, qui a atteint 30 centimes/KWh, contre 16 centimes/KWh en France.

Quant à la France, qui se veut être un exemple en termes de transition énergétique et développement durable et également leader sur cette interrogation au niveau européen, a votée en 2015 une loi relative à la transition énergétique en instaurant de multitude d’outils et de mesures pour accélérer sa transition vers des énergies vertes et renouvelables. Néanmoins, trois ans plus tard, on s’aperçoit que les objectifs fixés dans cette loi étaient inatteignables :  l’empreinte énergétique n’a pas diminué, et il sera impossible -si tant est que cet objectif ait un sens- de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique française d’ici 2025, ou de développer les renouvelables au rythme prévu.

Au niveau national, le secteur du bâtiment est le plus énergivore, cela représente chaque année 40 % de la consommation énergétique de la France et environ 25% des émissions de gaz à effet de serre. Pour optimiser la performance énergétique des bâtiments, les rénovations énergétiques lourdes comme la réfection de toiture, le ravalement de façade ou l’extension de façade devront respecter des obligations de performance énergétique. La construction de bâtiment publique devra être à énergie positive ainsi qu’à haute performance environnementale éventuellement.

Ajoutons à cela les incohérences, voire un certain cynisme de nombreux pays d’Europe qui se servent de la Chine comme base arrière industrielle, ce qui leur évite d’avoir à décompter dans leur bilan national les émissions liées à la production industrielle des biens consommés par leurs populations.  Plutôt que de produire de façon efficace en Europe et d’émettre un peu plus de CO2 pour élaborer ces produits, on préfère importer de Chine, et émettre depuis la Chine, trois ou quatre fois plus de CO2 que si on produisait ces biens localement.

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Les égoïsmes nationaux sont donc beaucoup plus forts que les bonnes intentions internationales.  C’est une réalité géopolitique. Comment alors faire en sorte d’être un acteur responsable de la transition énergétique et de la protection de l’environnement contre le réchauffement climatique ? ?

Il faut consommer mieux. Consommer mieux, c’est d’abord diminuer sa consommation d’énergie en adoptant l’électricité comme principal vecteur énergétique. En effet, tout le monde est d’accord sur le fait que seules les solutions énergétiques électriques sont « décarbonables ».

Consommer mieux demande aussi que l’énergie soit considérée comme une ressource rare, que l’on ne peut consommer à foison. Il faut donc diffuser une culture forte de l’économie d’énergie, qui conduise à reconnaître la valeur de l’énergie à son juste niveau.

Même si le kilowattheure n’est pas très cher, éteindre la lumière en sortant d’une pièce, baisser la chaudière lorsque l’on sort de chez soi, ou équiper son logement d’ampoules LED, sont autant de gestes simples et immédiatement bénéfiques en termes d’économies d’énergie, et donc d’émissions de CO2 dans les pays faisant encore appel au charbon, au pétrole ou au gaz.

Il faut en parallèle mieux produire l’électricité, c’est-à-dire à terme ne plus utiliser de ressources fossiles émettrices de CO2 et écologiquement désastreuses à produire. Dans cette perspective, la question à se poser est la suivante : de quelle quantité d’électricité aurons-nous besoin en 2035, en 2050 ? Et comment produire cette électricité décarbonée à un coût raisonnable pour le plus grand nombre ?

On parle alors de solaire, d’éolien, d’hydraulique et de nucléaire. Compte tenu de l’intermittence des énergies solaires et éoliennes, et en attendant des innovations techniques et économiques majeures en termes de stockage de l’électricité -ce n’est pas pour demain-, le nucléaire devra continuer à faire partie intégrante d’une transition énergétique responsable.

Le GIEC lui-même, dans la quasi-totalité des scénarios envisagés pour assurer une limitation de la hausse des températures à + 1,5°C en 2100, prévoit de conserver, voire d’augmenter significativement, la puissance installée en réacteurs nucléaires dans le monde.

L’énergie nucléaire recèle en effet de grands potentiels de progrès, économiques et techniques. Mais elle devra, pour continuer à se développer, encore améliorer sa gouvernance, en la rendant beaucoup plus internationale, à l’image de celle qui a fait ses preuves dans la sureté du secteur aérien mondial.

La filière solaire a elle aussi encore devant elle d’immenses progrès techniques, d’efficacité, de rendements, notamment dans les solutions basées sur l’autoconsommation, alors que la technologie éolienne, mature, ne devrait plus apporter de performances techniques ou économiques en rupture.

Le monde énergétique décarboné de demain reposera ainsi sur deux piliers : l’électricité nucléaire d’une part, l’électricité solaire d’autre part.

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Jean-Louis Ricaud

Senior Advisor Assystem

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