Transsibérien, nul obstacle n’est infranchissable

Transsibérien, nul obstacle n’est infranchissable

15 avril 2019
histoire ingénierie innovation transport
Lire l'article

C’est le réseau ferroviaire le plus long du monde. Plus de 9000 km de voies majoritairement construites entre 1891 et 1916 entre Moscou et Vladivostok, afin de desservir l’immense territoire soviétique. Ce projet, né de la volonté politique du tsar Alexandre III, est d’abord et avant tout un défi industriel d’envergure. Pour donner vie au Transsibérien, il a en effet fallu résoudre nombre de problèmes logistiques, et notamment détourner des fleuves, poser des milliers de kilomètres de rails au cœur des rudes environnements de l’Oural, de la Sibérie ou du lac Baïkal, et construire des centaines de ponts. L’ouvrage semblait impossible mais les ingénieurs l’ont fait !

Le Transsibérien a beau être un ouvrage centenaire, il impressionne encore au même titre que la Tour Eiffel en France ou la grande muraille de Chine. Pourtant peu connaissent l’histoire de sa construction et les innovations qu’il a nécessitées pour exister.

Pour débuter ce récit épique, rappelons d’abord qu’un premier tronçon ralliant Moscou à Tioumen avait été construit à la fin des années 1870 et au début des années 1880. Tronçon que l’on intègre aujourd’hui dans le Transsibérien. Mais lorsqu’on parle de la construction de ce réseau gigantesque la date retenue pour le début des travaux est celle de 1891. C’est à ce moment-là qu’à commencer des travaux qui ne s’arrêteront qu’en 1916. Objectif : relier l’Ouest russe à la partie la plus orientale de l’empire via le train, moyen de transport le plus rapide et le plus innovant de l’époque.

Les historiens rappellent qu’on assiste alors à une véritable lutte d’ingénieurs, tous rivalisant pour proposer leurs technologies, leur calendrier, le meilleur tracé…

Des obstacles climatiques et naturels d’abord

À partir de 1891 donc, les travaux sont lancés. Plusieurs chantiers commencent simultanément à l’Est et à l’Ouest du pays. Ingénieurs et ouvriers réalisent rapidement à quel point la rigueur climatique et la nature des sols traversés vont compliquer la réalisation de cette œuvre monumentale.

L’entreprise nécessite en effet d’affronter les températures glaciales de la Sibérie. Surtout, l’environnement complique tout, en matière d’ingénierie, de tracé du réseau et de fixation des rails. Il faut par exemple résoudre la problématique des sols marécageux de la taïga russe, détourner ou franchir des fleuves, franchir le lac Baïkal, briser d’énormes rochers pour sécuriser les voies, poser des rails sur des sols gelés… Des conditions extrêmes qui ont contraint les ingénieurs russes à adopter des techniques spécifiques et à innover.

Prouesses d’ingénierie : les réalisations marquantes

Le passage le plus complexe fut sans doute celui du lac Baïkal. Construit entre 1899 et 1904, le tronçon baptisé Circabaïkalien a d’ailleurs retardé la mise en service de la totalité de la ligne ralliant Moscou à l’Ouest à Vladivostok à l’Est puisqu’il a fallu ériger une structure permettant de traverser le lac Baïkal et ses 635 mètres de long. En tout, 582 ouvrages de génie civil, dont 39 tunnels et 14 km de murs bâtis pour pouvoir soutenir les trains, ont ainsi été édifiés. Sans parler des aménagements supplémentaires réalisés entre 1911 et 1914 pour ouvrir une seconde voie, et l’introduction alors d’un nouveau matériau, le béton armé, pour construire ponts et autres ouvrages.

Ce matériau, l’ingénieur russe Lavr Proskouriakov l’avait d’ailleurs déjà utilisé pour une autre réalisation marquante du Transsibérien : le pont traversant le Ienisseï. Récompensé par la médaille d’or de l’Exposition Universelle de Paris en 1900, ce pont ferroviaire bâti entre 1896 et 1899 a permis de franchir sur 1000 mètres cet immense cours d’eau russe. C’était alors le plus long du pays et le second d’Europe, après celui réalisé aux Pays-Bas pour franchir le Lek.

Lavr Proskouriakov a donc permis la construction de nombreux ponts ferroviaires du Transsibérien, parmi lesquels celui de Khabarovsk, en 1916, pour franchir l’Amour, le 4ème plus long fleuve d’Asie. Longue de 2590 mètres, cette structure a signé l’achèvement du Transsibérien dont la dernière liaison Tchita-Vladivostok avait été retardée par l’entrée dans la première Guerre Mondiale. Au total plus de 3500 ouvrages d’art ont ainsi été érigés pour donner vie au Transsibérien.

Démesure ?

Aujourd’hui encore les talents d’ingénierie nécessaires à la construction de cette ligne ferroviaire laissent admiratifs. Et les chiffres qui l’entourent soulignent sa démesure : 100 millions de mètres cubes de terres et de gravas déplacés, plus d’un million de tonnes de rails posé, quelques 100 kilomètres de ponts, tunnels et murs de protection réalisés, ou encore 16 fleuves et 87 villes traversés.

Malheureusement, les conditions de travail de l’époque font aussi état d’un triste bilan humain, non chiffré lui, mais qualifié par maints écrivains et experts de « déplorable » ou d’« épouvantable ».

Reste toutefois un monument, qui permit le développement économique et démographique de la Sibérie, et attire chaque année sur ses voies des milliers de voyageurs ébahis par son immensité. Saluant certainement les ingénieurs d’alors pour avoir permis de percer les mystères des confins du territoire russe.

Partager :

CET ARTICLE FAIT PARTIE DU DOSSIER :
Mobilité

Quelque chose à dire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


This site is protected by reCAPTCHA and the Google Privacy Policy and Terms of Service apply.

Assystem  

en collaboration avec Silex Id

Nos offres
##INCREDIBLENGINEERS

voir plus

PLUS D'ARTICLES

À la recherche des ingénieurs oubliés

Qui se souvient de Mary Jackson, de Maria Telkes, de François Cavé ou de Marc Seguin ? Quelles inventions et prouesses d’ingénierie se cachent derrière les noms de Fulgence Bienvenüe ou d’Henri Édouar...

Inventeurs de garage, mythe ou réalité ?

1938, Palo Alto, Californie. William Hewlett et David Packard, deux ingénieurs visionnaires, s’installent dans le garage sans prétention accolé à la maison de ce dernier pour y perfectionner tra...

Les grands ingénieurs de l'histoire

Léonard de Vinci (1452-1519), peintre, sculpteur et inventeur Impossible de commencer cette liste sans parler de Leonardo da Vinci. Archétype du génie universel, cet artiste, architecte, anatomiste, i...

Histoires des projets les plus fous de tous les temps

Vingt-mille lieues sous les mers L’idée d’une embarcation permettant de naviguer sous la surface de l’eau a traversé les siècles. Dès l’Antiquité, le monde sous-marin excite les passions : exploration...

Métro, boulot, dodo... Inside la tête d’un•e ingénieur•e lors d’une journée banale

Constructeurs de ponts ou de centrales, designers, gestionnaires de projet… Mais que font-ils tous ces ingénieurs concrètement ? Entre les réunions, les rencontres avec le client, le management d’équi...

Quand je serai grand·(e), je serai ingénieur(·e) !

La popularité et la fréquentation des écoles d’ingénieurs ne se dément pas d’année en année. Pourquoi ? Qui sont les ingénieurs ? Leur parcours ? Leur quotidien ? Nous avons rencontré trois d’entre eu...

La NASA emmène le nucléaire dans l’Espace

La conquête de l’Espace est plus que jamais au centre de l’attention, avec des projets comme SpaceX ou The Stealth Space Company, mais qui de mieux que la NASA pour réaliser ce fantasme qui a traversé...

Big Data Automation

Ce n’est un secret pour personne, la Data constitue le nerf de la guerre pour de plus en plus d’entreprises. Si cela apporte bon nombre de bénéfices à qui l’utilise bien, les contraintes vont de pair ...

L’Arabie Saoudite, terre de pétrole... et d’ingénieurs

En Arabie Saoudite, être ingénieur représente bien plus que toute autre profession. Avec le plan « Saudi Vision 2030 » visant à réduire la dépendance de l’Arabie Saoudite vis-à-vis du pétrole et...

Être ingénieure au pays du Corcovado

Au pays de la samba et de la caïpirinha, tout le monde est heureux… À l’image de bonhomie et d’insouciance véhiculée par les brésiliens s’oppose une réalité toute autre. Les dernières années de ...

Les ingénieurs, éternels apprentis ?

Des locomotives à vapeur aux TGV à hydrogène, des calculs manuels aux supercalculateurs, de la vision unidimensionnelle de chantier à la réalité augmentée, les objets conçus par les ingénieurs et les ...

La voiture électrique : un hic dans la transition énergétique ?

Fin 2018, seuls 200.000 véhicules électriques et hybrides rechargeables étaient immatriculées en France sur un parc automobile total d’environ 40 millions de véhicules. Mais les fortes croissances des...

Etre ingénieur au Royaume-Uni

Si proche de l’Europe et pourtant isolé par la mer, le Royaume-Uni a une approche très spécifique des affaires. Des différences culturelles les plus marquantes aux petits détails qui peuvent faire tou...

Tour du monde des innovations dans le ferroviaire

En attendant l’Hyperloop , le train à ultra-grande vitesse imaginé par l’entrepreneur sud-africain Elon Musk, les entreprises du secteur ferroviaire ne sont pas en reste dans la course à l’innovation....

La digitalisation de la mobilité, un virage pour les ingénieurs

De la conception à l’usage, aucun moyen de transport n’échappe à la transformation numérique. Objectif : fluidifier le trafic, améliorer la sécurité et le confort des utilisateurs, anticiper la mainte...

D’ailleurs, le nucléaire, ça vient d’où ?

En 2018, 10,3 % des besoins électriques du globe ont été assurés par l’énergie nucléaire. L’Agence Internationale de l’Energie prévoit un doublement de la consommation électrique mondiale d’ici 2050, ...